Le développement durable, un oxymore ou un pléonasme?

Albert Jacquard a écrit « notre domaine est une enveloppe occupant à peine un millième du volume total de la planète Terre. Cette faible proportion montre à quel point les phénomènes liés à la vie ont été et seront sans doute toujours marginaux dans l’aventure de la Terre. […] Ce qu’il faut sauver, ce n’est pas la planète elle-même, c’est le minuscule fragment d’univers où les vivants sont confinés, et surtout où des êtres sans pareil sont apparus, les humains. » [1]
Au fond, ce n’est effectivement pas la planète Terre qu’il faut chercher à sauver, c’est avant tout l’espèce humaine. « La planète a connu des révolutions bien plus profondes, des changements climatiques drastiques, cinq grandes extinctions de masse, des hivers nucléaires sans nucléaire mais avec volcans, des perturbations orbitales, des bombardements de météorites ou d’astéroïdes, des glaciations incroyables, des dislocations de continents, et qu’elle s’en est toujours remise. La vie a toujours repris ses droits même lorsque, il y a 250 millions d’années, 96 % des espèces marines ont disparu ainsi que 70 % des vertébrés terrestres. » précise à son tour Pierre Barthélémy. [2]

Mais alors comment arriver à rassembler les êtres humains autour d’un projet commun en apparence inatteignable et présomptueux à savoir sauver l’humanité ou à défaut atténuer l’effondrement? [3] Si certains, à l’image du milliardaire Elon Musk, estiment que la colonisation de Mars est le seul moyen d’éviter l’extinction de l’espèce humaine [4], d’autres comme Yves Paccalet considèrent l’extinction de l’espèce humaine comme une finalité bénéfique. [5]

A. Jacquard apporte un élément de réponse à cette question, « nous avons d’une part notre conscience, cette capacité à connaître sa propre existence et à porter sur elle un regard critique. » [1]
Cette conscience est aujourd’hui matérialisée à notre échelle notamment par les concepts de développement durable et de responsabilité sociétale des entreprises. Tout a été dit ou presque depuis plus de 25 ans sur ces deux sujets.
Malgré tout, comme le précise Sylvie Brunel dans son livre, « pour les défenseurs du développement la notion de développement durable est un pléonasme puisque le développement permet d’assurer notre mode de vie et de maîtriser notre environnement. Cependant, pour d’autre qui accuse le développement de faire pression sur nos ressources et notre environnement, la doctrine devient un oxymore. » [6]
La voie choisie pour améliorer notre développement est-elle un écran de fumée ou une solution viable pour maintenir des conditions de vie décentes pour les futures générations ?

Le développement durable et la RSE sont deux concepts complexes, flous et parfois surexploités. Leurs histoires sont étroitement liées avec des objectifs communs mais comme toute doctrine il existe bien évidemment des écueils et des limites aux outils mis en œuvre.

Une application ambitieuse mais controversée

1. Un bref historique du mouvement

La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) vise aujourd’hui à apporter une réponse concrète et mesurable aux entreprises pour intégrer la notion de développement durable dans leurs fonctionnements.
Historiquement, il est intéressant de mettre en avant deux principes clefs qui fondent l’héritage de la RSE. Premièrement, le poids de la RSE est fortement influencé par les fluctuations de l’économie [7] et deuxièmement, la notion provient à l’origine d’un projet religieux. [8]
Globalement, c’est une idée ancienne née durant la seconde révolution industrielle à la fin du XIXème siècle, mais à cette époque il existait encore un manque de justification pour véritablement appliquer cette idéologie.
Au début du XXème siècle, les premières réformes sociales, les premières lois antitrust, la notion de trustsheep et le code de conduites de la RSE font prendre de l’ampleur à ce mouvement. Malheureusement, l’effondrement économique de 1929 a donné un coup d’arrêt à cette tendance.
Dans les années 1950, les mouvements sociaux (droits civiques, luttes contre les discriminations, les écologistes, les manifestations contre la guerre etc…) redonnent un second souffle à la prise en compte de la RSE. On assiste à une consolidation des pratiques ainsi qu’à son intégration dans le monde des affaires et une introduction progressive dans le monde académique. [7] Howard R. Bowen apparait alors en 1953 comme le père de la RSE à travers son « Social Responsabilities of the Businessman ». [9]
En parallèle, malgré ce que l’on peut croire, le développement durable n’est pas non plus une notion récente. En effet, cette notion a véritablement commencé à se développer dans les années 70 mais les différents faits historiques ont repoussé la mise en place de cette doctrine.
L’expression est véritablement apparue dans les années 80 avec le rapport « World Conservation Stratégy » publié par l’UICN. Elle a ensuite été mise en valeur 7 ans après avec le rapport Brundtland. À partir de cette date, la notion a disposé d’une définition claire et exploitable.
Plus récemment à l’issue de la conférence de Rio en juin 1992, 173 chefs d’État et de gouvernement ratifient l’agenda 21 qui comporte 27 principes pour le développement durable.
De plus, le pacte mondial de L’ONU (10 principes) établi en 1999 est venu inscrire la RSE de manière institutionnelle. [10]

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« The Global Compact » actualisé – ONU – 2004

Depuis le pacte mondial plusieurs dates sont venues renforcer l’importance de la RSE :

  • 2000 – Stratégie de Lisbonne
  • 2001 – Livre vert Européen
  • 2001 – La loi NRE (rapport de gestion + information sociale et environnementale)
  • 2002 – Rio + 10
  • 2004 – Forum Parties prenantes et charte de l’environnement
  • 2008 – Grenelle de l’environnement
  • 2012 – Rio +20

Vous pouvez, si vous le souhaitez, approfondir l’histoire du concept notamment par le biais de l’infographie du site diplomatique du gouvernement français. [11]

2. Un concept mais plusieurs utilisations

« À l’extrême, le développement durable s’apparente à l’intérêt général. Il englobe toutes les questions qui concernent le devenir de l’humanité et de son milieu de vie, la façon dont les sociétés organisent les règles collectives du vivre ensemble et leurs relations avec les milieux naturels », explique Sylvie Brunel dans son livre. [6] Les champs d’application sont nombreux, on peut citer la biodiversité, l’alimentation, la santé, la pauvreté, les transports, l’éducation ou l’utilisation des ressources etc… Les applications opérationnelles sont donc innombrables. Une des pratiques la plus symbolique est sans doute l’économie circulaire.
Car les actions entreprises dans une logique d’économie circulaire visent à changer de paradigme pour nos sociétés. D’après le ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer, « il s’agit de passer d’un modèle économique actuel « linéaire » (extraire, produire, consommer, jeter) à un modèle « circulaire » intégrant l’ensemble du cycle de vie des produits, dès leur production éco conçue, pendant leur phase de consommation, et jusqu’à la gestion des déchets en résultant, avec l’objectif de « boucler la boucle » en réutilisant ou recyclant un maximum de matières. » [12]

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Économie circulaire – Entreprises.gouv.fr – 2017

D’un point de vue plus global, les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ont été adoptés en 2000 à New York par 193 États membres. Ces objectifs au nombre de 8 visent à appliquer un développement durable à l’échelle mondiale.

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Objectifs du millénaire – UNICEF – 2000

15 ans après, les résultats sont globalement positifs notamment pour la réduction de la pauvreté, la scolarisation des enfants ou encore le combat contre les maladies. Mais des inégalités persistent et les progrès sont inégalement répartit sur la planète. « En 2011, 60% du milliard de personnes extrêmement pauvres vivaient dans cinq pays seulement » explique Ban Ki-Moon. [13] De plus, des objectifs ne sont pas encore atteints. C’est par exemple le cas pour le partenariat mondial ou encore la préservation de l’environnement.

En 2015, l’ONU s’est engagée sur une feuille de route de 17 objectifs pour 2030. [14] Certaines ONG estiment que le nombre trop important d’objectifs et de sujets risquent de rendre difficile la cohérence et la priorisation des actions. [13] De plus, l’atteinte de ces objectifs est une démarche qui coûte cher aux États membres. Le secteur privé a un rôle déterminant à jouer même s’il ne faut pas oublier le rôle primordial des finances publiques. Or, l’Aide Publique au Développement (AMD) est en stagnation ou en recul dans de nombreux pays.

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Différence entre les apports et les objectifs APD – UN.org – 2015

En 2014, seulement 5 pays avaient atteint l’objectif de consacrer 0,7% de leur RNB à l’aide publique au développement fixé par l’ONU. [15] De ce fait, construire un monde plus viable et équitable passe forcément par la croissance économique des États. Le développement durable apparait alors comme un pléonasme. La croissance apparait alors nécessaire car elle doit pouvoir fournir des outils (financements, innovation, amélioration des rendements etc…) qui permettront ensuite par des choix judicieux d’améliorer la durabilité de nos sociétés.
Ces feuilles de route ont le mérite de dynamiser l’économie vers un but commun et de fixer des objectifs pour un monde meilleur. Cependant, ce constat n’est pas exempt de critiques. D’une part, il existe des réserves liées au concept même d’un développement dit durable et d’autre part, le développement durable présente des difficultés de mise en œuvre.

3. Tendre vers une utopie

À l’image de Jean-Marc Jancovici, certains expriment un profond scepticisme au sujet du développement durable. Une des premières limites mise en avant concerne la difficulté à définir les besoins individuels et collectifs présent mais également pour les générations futures. « Ainsi, non seulement il n’existe pas de réponse unique à ce que sont les besoins des générations présentes, mais encore savoir ce que seront les « besoins » des générations futures me paraît être un exercice assez proche de la divination », explique JM. Jancovici sur son site Internet. [16]
Au final, d’après J.M Jancovici, le développement durable n’est pas la solution face à une décroissance qui arrivera inéluctablement à cause de la consommation des ressources dans un monde fini. Ce concept ne pourra pas, d’après lui, violer les lois de la physique et les alternatives que cette doctrine propose sont incompatibles avec notre niveau actuel de consommation.
C’est pour lui un parfait exemple de schizophrénie voir même une escroquerie intellectuelle. [16] Le développement durable se caractérise alors comme un oxymore paralysant.
Il parait évident qu’une gouvernance internationale performante est difficile à mettre en œuvre si l’on est incapable de définir la notion de besoin. Le contexte globalisé lié à la mondialisation apporte aussi son lot de limite pour une cohérence internationale. Les différences ethniques et de valeurs à travers les sociétés laissent présager des applications divergentes d’un pays à l’autre.

Cette critique pragmatique est une invitation à s’interroger sur le sens philosophique du développement durable. [17] Myriam Revault d’Allonnes présente cet aspect dans un article pour la revue « Vraiment Durable » paru en 2012 : «La responsabilité à l’égard d’un autre vulnérable procède de l’avenir parce que nous sommes responsables du monde que nous laisserons après nous. Ce sont les mutations de l’âge technologique qui entraînent cette réorientation de la responsabilité en direction du futur mais aussi son extension bien au-delà des conséquences prévisibles de l’action. […] Cette thèse entraîne deux conséquences essentielles : la responsabilité ainsi entendue n’implique aucune réciprocité assignable et son objet est une humanité future infiniment fragile et périssable. Absence de réciprocité évidemment liée au fait que nous ne connaîtrons pas les descendants qui pourraient nous demander des comptes. Quant à la fragilité, elle n’est pas seulement celle d’une humanité vouée à la mort (nous avons toujours su que les hommes sont mortels), mais elle est inhérente au fait que l’homme est devenu dangereux pour l’homme. Dangereux pour les autres et pour lui-même dans la mesure où il met en péril la vie qui le porte et la nature qui est l’enclos au sein duquel il construit son monde social. Il nous faut donc maintenir la possibilité d’une existence après nous : on est « responsable pour ce qui change, pour ce qui est menacé de dépérissement et de déclin, bref pour le périssable dans son caractère périssable… ». explique-t-elle pour illustrer le lien entre le progrès et la responsabilité de l’homme vis-à-vis de son environnement. [18]

Au-delà de la réflexion philosophique ou religieuse sur le sujet pour y trouver une certaine légitimité, l’application concrète du développement durable apporte malgré tout son lot d’imperfections. Ce n’est peut-être pas la solution miracle à tous nos maux mais juste la réponse trouvée par l’être humain pour s’adapter face aux défis environnementaux et sociétaux à venir.

Les écueils et les critiques

1. Les critiques historiques

La mondialisation et le besoin d’une gouvernance cadrent la première difficulté que subit le développement durable. En effet, ce concept repose sur 3 piliers et également sur une notion de solidarité puisque l’on fait allusion aux générations futures. Or, si l’on regarde de plus près les objectifs de l’agenda 2030 de l’ONU [19] on se rend compte qu’ils sont peut-être incompatibles entre eux ou même pour certains contradictoires. Par exemple, comment promouvoir une croissance économique soutenue (objectif 8) et préserver et restaurer les écosystèmes terrestres (objectif 15) ? Les gouvernements doivent donc choisir en fonction de leurs véritables besoins. Il y a clairement un conflit d’intérêt mondial entres les ONG, les entreprise privées et les gouvernements. Le sommet de RIO + 20 est venu confirmer les limites de l’application du développement durable piloté par une coordination mondiale.

De manière plus conceptuelle, Theodore Levitte est le premier à aborder le problème « de l’ingérence du monde des affaires dans la sphère politique. » dans son article « The Dangers of Social Responsibility » (1958). [20] D’après lui, l’entreprise doit se focaliser sur la recherche du profit et ne pas intervenir dans la régulation sociale. Car si un directeur investit de l’argent dans la RSE cela va à l’encontre des actionnaires. Le coût des actions sociales est supporté par les consommateurs ou les employés. C’est au final un impôt supplémentaire et surtout arbitraire. Dans la continuité de Levitte, Milton Friedman émet une autre grande critique de la RSE avec son ouvrage Capitalism and Freedom publié en 1962. Il met en évidence que « la RSE ne peut s’exercer que par les décisions visant à améliorer la rentabilité de l’entreprise pour les actionnaires. » [21]

2. Écueils liés au concept

Si la RSE est un concept difficile à appréhender et à définir (en 1999 Carroll a répertorié plusieurs définitions différentes) [22] c’est la même chose pour le développement durable. C’est un concept polysémique et le terme de besoin n’est jamais défini, de ce fait, chacun est libre de l’interpréter comme il veut. Ce point a été abordé dans la première partie. C’est une limite pour pouvoir appliquer une démarche cohérente à l’échelle mondiale. Les besoins de la Chine ou de l’Inde ne sont de toute évidence pas les mêmes que pour les Européens.
De plus, la traduction de « sustainable » par le terme durable est discutable. Il faut le considérer comme la capacité à résister aux aléas et à s’adapter et non pas comme un état statique de durabilité. Cette subtilité de sémantique renforce la difficulté à cerner véritablement cette doctrine.

Nous l’avons vue aussi dans la première partie, c’est une notion qui englobe énormément de domaines et de champs des possibles. C’est un concept complexe à aborder car il faut articuler les actions avec les facteurs sociaux, environnementaux et économiques. Quelle est la hiérarchie à instaurer pour ces facteurs ? Généralement, la complexité de la démarche fait que l’on aboutit plus à des actions vivables, viables ou équitables mais rarement durables. D’une part, on va avancer la nécessité de réaliser du profit et de la croissance pour nos modes de vie afin de prôner le pilier économique. D’autre part, on met en œuvre la plupart du temps un catastrophisme pour promouvoir l’écologie ou le social. Cette tendance est en partie liée à l’absence de référentiel commun (ou à minima la difficulté d’en trouver un) et de moyen de mesure véritablement pertinent.

Il est pourtant primordial de trouver des moyens de mesurer pour la RSE. Cette mesure permet:

  • d’évaluer la performance,
  • de mettre en place un système de pilotage,
  • de faire la reddition des comptes externes,
  • d’informer les investisseurs éthiques,
  • d’informer les consommateurs,
  • de rendre le marché plus transparent,
  • et de fournir un outil aux ONG. [7]

La mesure est déterminante pour démontrer la relation positive entre la RSE et la performance économique. C’est l’objectif pour rendre pertinent un engagement dans le développement durable.

Même s’il est difficile de rendre compte de manière objective des résultats. Fort heureusement aujourd’hui il existe des outils de mesure à l’image de la loi sur les Nouvelles Régulations Economiques (France) [23] et la Global Reporting Initiative (Monde). [24]

3. De la théorie à la pratique

D’un point de vue international, le développement durable est souvent apparu pour certains comme un moyen pour les pays dits développés de limiter le développement des pays pauvres. Les pays du Sud avaient au départ de sérieux doutes et réticences à initier des actions soutenables à la demande des acteurs des pays du Nord.
Or, les pays du Sud ont aussi un véritable besoin de développement durable. « L’appauvrissement des ressources, le déclin des rendements, la déforestation, la sécheresse ou encore la pollution de l’eau sont considérés à juste titre comme des obstacles majeurs à la réduction de la pauvreté et à la croissance. Mais on est encore loin d’une refondation de la réflexion sur une approche intégrée du développement durable et de la mise au point de solutions opérationnelles.» explique Pierre Jacquet et Jacques Loup en 2009. [25]
Nous devrions repenser le développement à l’échelle mondiale et les pays de la BRICS [26] sont l’occasion de mettre en œuvre une tendance plus responsable.

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IDH dans le monde – Human Development Report [27] – 2016

Pour rendre toute démarche prônant la durabilité efficace et opérationnelle, la question du financement est primordiale. On a alors assisté à une marchandisation du développement durable. Cette notion n’a cessé d’évoluer au cours du XXème siècle pour devenir aujourd’hui une opportunité économique pour les organisations. C’est une opportunité pour obtenir de nouveaux marchés et/ou une nouvelle option pour maintenir un avantage concurrentiel. Le processus de marchandisation est notamment présent à travers les Investissements Socialement Responsables, les Consommations Socialement Responsables ou les normes (ISO 26000).
Si la marchandisation de cette doctrine est un vecteur d’expansion c’est aussi une porte pour profiter de la tendance. On assiste en parallèle à l’essor d’un green washing avec par exemple, des faux labels, des changements mineurs d’emballages ou de noms, des actions mineures mais fortement mise en valeur etc…autant de mesures qui desservent fortement le développement durable.  [28]

Si l’on exclut les initiatives de « greenwashing » et les difficultés de coordination internationale, le développement durable s’est progressivement installé dans notre vie et gagne en influence. L’éducation, les sommets internationaux, l’actualité et les organisations ont intégré cette notion triptyque à leur mode de fonctionnement avec plus ou moins d’implication.
La RSE est alors apparue comme un outil de gestion au service de la planète à une échelle humaine. Il existe un véritable dynamisme de la RSE notamment à travers des « think thank », les agences de rating social, le marché de l’investissement social ou encore la norme ISO 26000.
Cependant, encore aujourd’hui, le saint Graal de la RSE réside dans sa justification économique. Malgré la pression constante de notre développement sur l’environnement, cette composante s’essouffle encore lors des crises économiques. L’engagement apparait alors encore cyclique même si les outils à la disposition des entreprises s’inscrivent durablement dans les entreprises [7] (Rapport GRI, audits, communication, charte, économie circulaire, écoconception etc…) ou dans nos vies (recyclage, zéro déchets, la consomm’action, les investissements socialement responsables etc…).

La responsabilité sociétale des entreprises deviendra-elle une priorité pour les organisations? Comment le développement durable va pouvoir satisfaire ses objectifs triptyques à l’échelle mondiale? Et si finalement le plus important n’était pas de savoir si ce concept est un oxymore ou un pléonasme mais plutôt de comprendre que c’est avant tout une notion permettant de  rassembler des personnes ou des actions autour d’une volonté commune. La volonté de trouver des alternatives ou un ajustement pour nos modèles économiques actuels.

Dans ce sens, Clément Fournier pour e-rse introduit une nouvelle perspective envisageable pour faire face aux limites et aux paradoxes du développement durable. D’après lui, « il est peut-être temps de transiter vers une forme de résilience et de sobriété. […] C’est-à-dire être capable pour une société de s’adapter aux contraintes extérieures, aux chocs et aux perturbations qu’elle est susceptible de subir et de continuer à assurer ses besoins malgré tout […] Mais contrairement au développement durable, la notion de résilience n’implique pas nécessairement l’idée qu’il faut toujours aller plus loin, progresser, produire plus pour faire face à ces chocs. » [29] Le mot génération est peut-être le plus important dans la définition du développement durable. Ces questions environnementales qui peuvent avoir des réponses à la fois philosophiques, religieuses, économiques ou sociétales sont transportées au fil des époques. Le niveau d’intégration de ces notions dans l’éducation et la formation sera peut être un élément fondateur et déterminant pour le futur que nous souhaitons construire.


Bibliographie :

[1]       A. Jacquard, Le compte à rebours a-t-il commencé ? Paris: Stock, 2009.

[2]       P. Barthélémy, « Ce n’est pas la planète qu’il faut sauver. C’est nous… », Passeur de sciences. [En ligne]. Disponible sur: http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2015/06/08/ce-nest-pas-la-planete-quil-faut-sauver-cest-nous/.

[3]       « Adrastia », Adrastia. [En ligne]. Disponible sur: http://adrastia.org. [Consulté le: 18-mai-2018].

[4]       « Coloniser Mars pour sauver l’humanité : faut-il prendre Elon Musk au sérieux ? » [En ligne]. Disponible sur: http://www.rtl.fr/actu/futur/le-plan-d-elon-musk-pour-coloniser-mars-et-sauver-l-humanite-en-5-points-7785032292.

[5]       Y. Paccalet, L’humanité disparaîtra, bon débarras ! Paris: ARTHAUD, 2013.

[6]       S. Brunel, Le développement durable, 5e éd. Paris: PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE – PUF, 2012.

[7]       J.-P. Gond, La responsabilité sociale de l’entreprise, 4e édition. Paris: PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE – PUF, 2014.

[8]       A. ACQUIER, « Des fondements religieux de la responsabilité sociale de l’entreprise à la responsabilité sociale de l’entreprise comme religi », p. 31.

[9]       A. ACQUIER et J.-P. GOND, « Aux sources de la Responsabilité Sociale de l’Entreprise. (Re)Lecture et analyse d’un ouvrage fondateur : Social Responsibilities of the Businessman d’Howard Bowen (1953) », p. 28, 2005.

[10]     « Les 10 principes ». [En ligne]. Disponible sur: https://www.globalcompact-france.org/p-28-les-10-principes.

[11]     « Infographie : 40 ans de développement durable », France Diplomatie : : Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. [En ligne]. Disponible sur: https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/environnement-et-developpement-durable/actualites-et-evenements/sommet-rio-20/en-marche-vers-le-sommet-rio-20/infographie-40-ans-de/.

[12]     « 9-1-17_PLAN_DECHET_2016-2025_pour_BAT.pdf ». .

[13]     R. Barroux, « Les dix-sept objectifs de l’ONU pour une planète durable », Le Monde.fr, 25-sept-2015.

[14]     « Objectifs de développement », UNDP. [En ligne]. Disponible sur: http://www.undp.org/content/undp/fr/home/sustainable-development-goals.html.

[15]     « 15-06927_French_MDG_Task_Force_2015_WEB.pdf ». .

[16]     « A quoi sert le développement durable ? – Jean-Marc Jancovici ». [En ligne]. Disponible sur: https://jancovici.com/transition-energetique/choix-de-societe/a-quoi-sert-le-developpement-durable/.

[17]     M. R. d’Allonnes, « Le développement durable : quels enjeux philosophiques ? », Vraiment Durable, no 1, p. 33‑40, 2012.

[18]     M. Revault d’Allonnes, « Le développement durable : quels enjeux philosophiques ? », Vraiment Durable, vol. 1, no 1, p. 33‑40, 2012.

[19]     M. de l’Intérieur, « L’agenda 2030 de l’ONU : les Objectifs Développement Durable », http://www.interieur.gouv.fr/Actualites/Dossiers/Le-developpement-durable-au-ministere-de-l-Interieur/L-agenda-2030-de-l-ONU-les-Objectifs-Developpement-Durable. [En ligne]. Disponible sur: http://www.interieur.gouv.fr/Actualites/Dossiers/Le-developpement-durable-au-ministere-de-l-Interieur/L-agenda-2030-de-l-ONU-les-Objectifs-Developpement-Durable.

[20]     « CiteULike: The Dangers of Social Responsibility. » [En ligne]. Disponible sur: http://www.citeulike.org/user/mking007/article/9385690. [Consulté le: 21-mai-2018].

[21]     R. Gagné-Colombo, « La responsabilité sociale des entreprises : quel rôle pour l’État? : revue systématique traitant des politiques publiques de RSE », p. 124.

[22]     A. Golli et D. Yahiaoui, « Responsabilité sociale des entreprises : analyse du modèle de Carroll (1991) et application au cas tunisien, Abstract », Manag. Avenir, no 23, p. 139‑152, juin 2009.

[23]     « Loi NRE, Loi sur les Nouvelles Regulations Economiques, declaration performance extra financiere : RSEnews ». [En ligne]. Disponible sur: https://www.rsenews.com/public/dossier_eco/loi-nre.php?rub=1.

[24]     « Global Reporting Initiative ». [En ligne]. Disponible sur: https://www.globalreporting.org/Pages/default.aspx.

[25]     « Le développement durable,une nécessité pour les pays du Sud », Regards sur la Terre. [En ligne]. Disponible sur: /le-developpement-durableune-necessite-pour-les-pays-du-sud.

[26]     C. Internationale, « Les BRICS: quelle réalité ? », Classe Internationale, 18-janv-2017. .

[27]     United Nations Development Programme, Human Development Report 2016: Human Development for Everyone. UN, 2017.

[28]     « Bienvenue dans l’ère du «greenwashing»: les nouvelles astuces pour vendre plus vert », Slate.fr, 14-mars-2017. [En ligne]. Disponible sur: http://www.slate.fr/story/140417/greenwashing-astuces-plus-vert.

[29]     « Il est temps de passer du “développement durable” à la “résilience” et à la “sobriété” », La RSE et le développement durable en entreprise : e-RSE.net, 30-juin-2017. .