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Développement humain

L’équité, au nom de Thémis

« Il est peu de gens aujourd’hui pour se prononcer en faveur de « l’inégalité pour tous ». Le véritable clivage est plutôt entre les conservateurs partisans de l’égalité des chances et les progressistes partisans de l’égalité de fait, ce qui constitue une différence importante. Mais quelque soit la définition que l’on donne à l’égalité, la grande question est de savoir comment y parvenir », explique Roger E.A. Farmer dans un article pour Project syndicate

Bien évidemment, comme le démontre K. Pickett et R. Wilkinson avec le livre « Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous », il est plus logique d’essayer de réduire les inégalités et de combattre les injustices pour améliorer le niveau de vie ou bien la santé de tout le monde. Malgré tout, l’essor considérable des pays de la BRICS, la montée du populisme, le renforcement des inégalités internes et l’accentuation de la rareté au sens économique du terme posent des contraintes à la dynamique de réduction des inégalités. Le risque de rechercher l’égalité pour tous dans ce monde globalisé et complexe réside dans le fait de tirer éventuellement les avantages sociaux vers le bas. En effet, combattre les inégalités implique de faire des choix. Des choix dits équitables mais cependant d’ordre politique.

D’ailleurs, « les notions d’égalités et d’inégalités renvoient, elles, à la dimension objective de cette répartition. […] L’équité, elle, n’est pas une question de mesure : c’est une question de choix politique. La justice n’est pas inhérente à une distribution des ressources », précise Denis Colombi avec son article en finir avec l’opposition égalité/équité.

Or, la diversité de gouvernement, de culture et de représentation de la justice dans le monde rend irréaliste l’objectif d’une égalité globale. Un rapide résumé sur ces concepts permet de comprendre les limites d’un pseudo standard égalitaire.

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Présentation simplifiée des concepts d’égalité et d’équité – Google – 2018

Dans la première image, l’inégalité provient de la différence d’accès au match pour les individus. Or, dans la deuxième image prônant l’équité, l’inégalité résulte de la différence du nombre de caisses par personnes. Dès lors, quelles sont les inégalités justes que l’on accepte? L’équité rentre alors en jeu pour chercher à tendre vers la solution la plus équitable. Cette question se pose pour tous les choix politiques d’ordre économique, social ou environnemental.

Comme le précise Pierre Tourev, « l’équité est un sentiment de justice naturelle et spontanée, fondée sur la reconnaissance des droits de chacun, sans qu’elle soit nécessairement inspirée par les lois en vigueur. L’équité sociale est une « juste mesure », un équilibre, qui permet de rendre acceptable une forme d’inégalité lorsque l’égalité ne serait pas acceptable. »

Il est intéressant de souligner que si la balance de Thémis symbolise l’équité non-violente et que la déesse retire parfois son bandeau de la Justice pour faire preuve d’équité en regardant pleinement les personnes pour prendre une décision; il faut aussi noter que son glaive tend à rappeler que sans force pour trancher et appliquer des choix, la balance est inutile…

« Si notre monde semble en panne et qu’il fonctionne à tâtons dans une quête si maladroite de sens, c’est que la panne est d’abord dans nos têtes. Depuis plusieurs siècles, les hommes courent éperdument après une chimère, celle d’un monde achevé, certain, prévisible. Un monde qu’ils pourraient maîtriser comme une belle mécanique et dans lequel ils pourraient dérouler leur vie comme un parcours organisé. La course qu’ils mènent à la conquête de ce supposé paradis est épuisante et vaine, car ce monde n’existe pas », explique Dominique Genelot au sujet de la complexité dans notre monde.

D. Genelot nous invite justement à prendre conscience que notre monde n’est pas binaire, manichéen, objectif, cohérent, ou maîtrisable et que parfois en cherchant vouloir faire le bien nous accentuons le mal.

Développement humain

Quiproquo autour de l’empreinte écologique

Le 1er août 2018 correspond au « jour du dépassement » écologique.  En d’autres termes, à partir de cette date l’humanité consomme plus de ressources naturelles et émet plus de gaz à effet de serre que la planète Terre ne peut supporter.

Ce jour est calculé en comparant l’empreinte écologique de la population et la bio-capacité de la planète. Bien évidemment le calcul de cet indicateur est beaucoup critiqué. On constate notamment des raccourcis, des données mélangées, des affinements de calculs chaque année et des différences entre les pays.

Cependant, cet indicateur est avant tout un moyen d’interpeller le grand public sur les problèmes environnementaux et sociétaux de notre siècle. C’est une approche globale qui permet au grand public de prendre conscience des limites de notre planète.

Le calcul du jour du dépassement est par ailleurs sous-estimé, « Un calcul plus rigoureux ou plus exhaustif mènerait à un accroissement du déficit constaté… et donc à une “célébration” plus précoce du Jour du dépassement », résument Aurélien Boutaud et Natacha Gondran dans The Conversation.

Donc effectivement, il existe et existera bien des solutions technologiques, à l’image des NBIC, de la géo-ingénierie ou du Trans humanisme, etc…et bien que la croissance (analysée par le biais de l’économie physique avec les éléments qui se heurtent aux limites de la planète et non de l’économie monétaire) peut  encore être positive avec des ressources plus rares et plus chèresElle ne sera toujours pas soutenable pour la planète. L’augmentation de la population et du capital accroît l’empreinte écologique de l’humanité et nous rapproche de la capacité de charge de la planète. 

D’ailleurs, les économistes classiques tels que Malthus ou Mill avaient déjà annoncé la survenu d’une stabilité de la croissance et d’un état statutaire pour l’économie à cause de la limitation des ressources naturelles. Le modèle d’analyse économique Solow aboutit aussi à cette conclusion avec une activité économique qui évolue au même rythme que la population.

L’énorme enjeu de la problématique enlève par principe tout aspect manichéen à la recherche de solutions. Les échanges entre les partisans de la croissance et les défenseurs de la décroissance s’apparentent plus à un combat de coqs et occulte malheureusement le véritable débat de fond qui reste le besoin de concilier notre développement et l’environnement.

Dans le fond, il ne faut pas chercher à savoir qui a tort ou qui a raison entre le mouvement de l’optimisme technologique et les annonciateurs de l’effondrement car d’après Richard Buckminster Fuller, « Il n’existe pas de crise énergétique, de famine ou de crise environnementale. Il existe seulement une crise de l’ignorance. ».

Il est donc important d’informer et d’échanger autour de ces sujets. Au vue de la complexité de la situation, personne n’est en mesure de vous dire quoi faire pour la planète donc avant de vouloir changer le monde, commencez déjà par aimer le vôtre.

Et comme l’explique Gunther Anders, « Il ne suffit pas de changer le monde. Nous le changeons de toute façon. Il change même considérablement sans notre intervention. Nous devons aussi interpréter ce changement pour pouvoir le changer à son tour. Afin que le monde ne continue pas ainsi à changer sans nous. Et que nous ne nous retrouvions pas à la fin dans un monde sans hommes. »

 

Développement humain

Plaidoyer pour une solution

L’enjeu de notre développement et de notre coexistence à une forte connotation métaphysique. [1] Les problèmes économiques, sociaux, moraux ou existentiels que nous rencontrons donnent la possibilité à chacun d’exprimer et de défendre une conviction personnelle basée sur ses propres croyances, son histoire et son mode de vie. Toutes les solutions proposées aux innombrables problèmes seront forcément atypiques et individualisées dans un monde pourtant interconnecté, complexe et systémique.

Aujourd’hui, nous sommes de toute évidence devant un paradoxe. Nous sommes à la fois conscient de la finitude de la planète [2] mais aussi inconscient de notre raison d’être. Or, en tant qu’être humain ce n’est pas la planète qu’il faut tenter de sauver mais notre humanité. [3] Cependant, l’obstacle des changements à opérer nous tétanise [4] et rien ne nous oblige à utiliser notre existence pour participer à cette tâche.

Le pragmatisme de la résilience face au risque supposé d’effondrement facilite la vie à bien des égards. Au final, notre conscience [5] et notre responsabilité [6] sont les deux seuls moteurs pouvant justifier notre mobilisation pour assurer un présent bienveillant et viser un futur conciliant.

Pour ma part, j’ai fait mon choix, certes, dans l’ignorance subtile de mon existence mais en adéquation avec mes valeurs et mes convictions. « Il ne faut pas chercher à être un despote éclairé qui dicterait aux humains les comportements à adopter pour évoluer vers le bonheur universel mais il vaut mieux opter pour un réalisme bien concret qui vise à agir au perfectionnement du monde à partir de l’endroit et du temps où nous nous trouvons » explique R. Lassus. [7]

Je m’engage donc à mon échelle, conscient de mes choix et responsable de mes actes, tendant vers un idéal social, économique et environnemental que je considère comme acceptable. Ma solution apparait ainsi comme le point d’ancrage d’une ambition porteuse de sens pour mes valeurs.

Au vue de la complexité de la situation, personne n’est en mesure de vous dire quoi faire pour la planète donc avant de vouloir changer le monde, commencez déjà par aimer le vôtre.


[1] Burbage Frank, Philosophie du développement durable. Enjeux critiques. Presses Universitaires de France, « Philosophies », 2013, 160 pages. ISBN : 9782130592020. DOI : 10.3917/puf.burba.2013.01. URL : https://www.cairn.info/philosophie-du-developpement-durable–9782130592020.htm

[2] D. H. Meadows et J. Randers, Limits to Growth. White River Junction, Vt: Chelsea Green Publishing Co, 2004.

[3] http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2015/06/08/ce-nest-pas-la-planete-quil-faut-sauver-cest-nous/

[4]  IFG, Parenthèse Culture 22 – Etienne Klein – L’Energie.

[5] https://www.youtube.com/watch?v=qzQBFlFdRPk – E.O. Wilson explains the meaning of human existence

[6] https://www.cairn.info/revue-vraiment-durable-2012-1-page-33.htm

[7] R. de Lassus, L’ANALYSE TRANSACTIONNELLE. Alleur: Marabout, 1999.

 

 

 

La biodiversité

Le gouvernement au chevet de la biodiversité

Pour rappel, d’après le dernier inventaire mondial de l’état de conservation global des espèces végétales et animales de 2017, 25 821 espèces sont menacées sur 91 523 espèces étudiées soit environ 28 %.

La France figure parmi les 10 pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées : au total, 1235 espèces menacées au niveau mondial sont présentes sur son territoire, en métropole et en outre-mer.
Vous pouvez retrouver la liste rouge sur le site de l’UICN.

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Crédit photo: Tim Flach – Edangered – 2017

Pour faire face à ce constat le gouvernement a dévoilé ce mercredi 4 juillet son plan pour préserver la biodiversité qui contient plus de 100 mesures.

Les principaux objectifs de ce plan sont:

  • Atteindre zéro plastique en mer d’ici 2025 avec notamment l’interdiction des ustensiles jetables et l’utilisation de plastique recyclé.
  • Viser zéro artificialisation nette des sols et soutenir d’ici 2020, 10 projets innovants en matière de restauration de sites dégradés,
  • Faire participer les agriculteurs avec 150 millions d’euros d’ici 2021 pour les agriculteurs qui agissent pour restaurer les milieux,
  • Instituer de nouvelles aires protégées avec la création ou l’extension de 20 réserves nationales d’ici la fin du quinquennat,
  • Impliquer les entreprises avec un accompagnement jusqu’à 2022 des secteurs du bâtiment, de l’agro-alimentaire, de l’énergie et de la chimie,
  • Sensibiliser en France et à l’étranger avec le développement des classes nature et des kits pédagogiques pour les écoles dès la rentrée 2019 et la proposition d’un accord biodiversité à la conférence biodiversité de 2020 en Chine.

Le gouvernement envisage de fournir 600 millions d’euros sur quatre ans de crédit supplémentaire pour financer le plan.

L’eau et l’assainissement

Jusqu’à la dernière goutte d’eau

Le projet Aqueduct est un outil de cartographie mondial des risques liés à l’eau. Les chercheurs en charge de l’étude ont analysé des centaines de bassins fluviaux dans plus de 181 pays afin d’évaluer la disponibilité et l’usage de l’eau dans le monde. Cette carte permet de mettre en évidence les conditions actuelles de la répartition de l’eau sur Terre mais aussi de simuler des scénarios pour 2020, 2030 ou 2040.

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Atlas des risques hydriques – World Ressources Institute – 2014

En parallèle, les recherches de la NASA basées sur les données des satellites de la mission GRACE permettent d’observer l’évolution et les tendances de la disponibilité de l’eau sur Terre entre 2002 et 2016. C’est aussi la possibilité d’obtenir des précisions sur les facteurs d’évolution comme la consommation, le changement climatique ou le cycle naturel de l’eau.

Il est intéressant de rappeler que les eaux douces représentent 2,8 % du volume global de l’eau sur Terre soit environ 35,2 millions de milliards de mètres cubes.  (68,7% dans les glaciers, 30,1% dans les nappes phréatiques, 0,8 dans le permaforst et 0,4% en surface).

Au final, moins de 1% de l’eau sur Terre est de l’eau douce liquide. En plus de ce faible volume, il existe une forte disparité géographique concernant la répartition de cette quantité d’eau douce. « Au moins 663 millions de personnes sont en outre toujours dépourvues d’un accès à une eau potable de qualité », indique le rapport de la Banque Mondiale en 2016.

Toujours d’après la Banque Mondiale, « près de 60 % des ressources naturelles renouvelables d’eau douce du monde sont partagés par 9 géants de l’eau : Brésil, Fédération Russe, Indonésie, Chine, Canada, Etats-Unis, Colombie, Pérou et Inde. » À l’opposé, 29 pays comme l’Algérie, Israël ou le Qatar sont en situation de pénurie ou en stress hydrique.  Pour plus de précision, le World Resources Institute a publié un classement global des risques liés à l’eau par secteur et par pays en 2013.

On parle de stress hydrique lorsque la disponibilité en eau est inférieure à 1700 mètres cubes par an et par personne. Ce seuil est cependant biaisé car il correspond environs au niveau de consommation des États-Unis. Ce chiffre fixé par l’ONU empêche de véritablement comprendre la situation au niveau mondial. « D’une part, cela classe quasiment tous les pays dans une situation de pénurie les poussant ainsi à se développer davantage et d’autre part, cela aggrave la situation des pays en développement. » souligne le site Médiapart.

Toutefois, la raréfaction de l’eau est probable car même si la disponibilité reste stable (malgré la mauvaise gestion, le gaspillage et la pollution des réserves) nos besoins risquent cependant d’être accru pour plusieurs raisons, notamment:

  • la croissance démographique,
  • l’augmentation du niveau de vie et des modes de consommation,
  • l’augmentation du besoin en énergie,
  • et l’intensification des besoins pour l’agriculture et l’industrie.
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Disponibilités, usages et gaspillages de l’eau – monde-diplomatique – 2005

Au delà de cette pénurie, c’est surtout la mauvaise répartition de la ressource qu’il ne faut pas occulter. Ce stress hydrique allié aux inégalités pourrait à terme intensifier une chute du PIB, une hausse des flux migratoires, les conflits liés à l’eau, les problèmes sanitaires ou encore les troubles sociaux etc…

Pour remédier à ce problème, il est envisageable d’utiliser des sources d’eau non-conventionnelles comme l’eau de mer dessalée, l’exploitation du brouillard, le micro-drainage des eaux de pluie, le traitement des eaux grises ou encore le remorquage d’icebergs…

Ces sources d’eau non conventionnelles sont encore peu exploitées. Sont-elles aujourd’hui économiquement viables pour les utiliser? Dans tous les cas, le choix d’opter pour une production d’eau non conventionnelle nécessite une prise en compte des conséquences sociétales, environnementales et sanitaires.

Si toutes ces innovations peuvent s’avérer extrêmement performantes, n’est-il pas plus simple d’opter pour une politique qui tend vers une consommation intelligente de l’eau et une répartition de la ressource plus équitable?

Dans tous les cas, comme l’indique le CNRS, « les décisions politiques, les priorités d’investissements des pays et les agences de financement, joueront une rôle déterminant dans la gestion future du risque de pénurie d’eau douce à travers le monde. »