Actualités

L’eau et l’assainissement

Jusqu’à la dernière goutte d’eau

Le projet Aqueduct est un outil de cartographie mondial des risques liés à l’eau. Les chercheurs en charge de l’étude ont analysé des centaines de bassins fluviaux dans plus de 181 pays afin d’évaluer la disponibilité et l’usage de l’eau dans le monde. Cette carte permet de mettre en évidence les conditions actuelles de la répartition de l’eau sur Terre mais aussi de simuler des scénarios pour 2020, 2030 ou 2040.

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Atlas des risques hydriques – World Ressources Institute – 2014

En parallèle, les recherches de la NASA basées sur les données des satellites de la mission GRACE permettent d’observer l’évolution et les tendances de la disponibilité de l’eau sur Terre entre 2002 et 2016. C’est aussi la possibilité d’obtenir des précisions sur les facteurs d’évolution comme la consommation, le changement climatique ou le cycle naturel de l’eau.

Il est intéressant de rappeler que les eaux douces représentent 2,8 % du volume global de l’eau sur Terre soit environ 35,2 millions de milliards de mètres cubes.  (68,7% dans les glaciers, 30,1% dans les nappes phréatiques, 0,8 dans le permaforst et 0,4% en surface).

Au final, moins de 1% de l’eau sur Terre est de l’eau douce liquide. En plus de ce faible volume, il existe une forte disparité géographique concernant la répartition de cette quantité d’eau douce. « Au moins 663 millions de personnes sont en outre toujours dépourvues d’un accès à une eau potable de qualité », indique le rapport de la Banque Mondiale en 2016.

Toujours d’après la Banque Mondiale, « près de 60 % des ressources naturelles renouvelables d’eau douce du monde sont partagés par 9 géants de l’eau : Brésil, Fédération Russe, Indonésie, Chine, Canada, Etats-Unis, Colombie, Pérou et Inde. » À l’opposé, 29 pays comme l’Algérie, Israël ou le Qatar sont en situation de pénurie ou en stress hydrique.  Pour plus de précision, le World Resources Institute a publié un classement global des risques liés à l’eau par secteur et par pays en 2013.

On parle de stress hydrique lorsque la disponibilité en eau est inférieure à 1700 mètres cubes par an et par personne. Ce seuil est cependant biaisé car il correspond environs au niveau de consommation des États-Unis. Ce chiffre fixé par l’ONU empêche de véritablement comprendre la situation au niveau mondial. « D’une part, cela classe quasiment tous les pays dans une situation de pénurie les poussant ainsi à se développer davantage et d’autre part, cela aggrave la situation des pays en développement. » souligne le site Médiapart.

Toutefois, la raréfaction de l’eau est probable car même si la disponibilité reste stable (malgré la mauvaise gestion, le gaspillage et la pollution des réserves) nos besoins risquent cependant d’être accru pour plusieurs raisons, notamment:

  • la croissance démographique,
  • l’augmentation du niveau de vie et des modes de consommation,
  • l’augmentation du besoin en énergie,
  • et l’intensification des besoins pour l’agriculture et l’industrie.
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Disponibilités, usages et gaspillages de l’eau – monde-diplomatique – 2005

Au delà de cette pénurie, c’est surtout la mauvaise répartition de la ressource qu’il ne faut pas occulter. Ce stress hydrique allié aux inégalités pourrait à terme intensifier une chute du PIB, une hausse des flux migratoires, les conflits liés à l’eau, les problèmes sanitaires ou encore les troubles sociaux etc…

Pour remédier à ce problème, il est envisageable d’utiliser des sources d’eau non-conventionnelles comme l’eau de mer dessalée, l’exploitation du brouillard, le micro-drainage des eaux de pluie, le traitement des eaux grises ou encore le remorquage d’icebergs…

Ces sources d’eau non conventionnelles sont encore peu exploitées. Sont-elles aujourd’hui économiquement viables pour les utiliser? Dans tous les cas, le choix d’opter pour une production d’eau non conventionnelle nécessite une prise en compte des conséquences sociétales, environnementales et sanitaires.

Si toutes ces innovations peuvent s’avérer extrêmement performantes, n’est-il pas plus simple d’opter pour une politique qui tend vers une consommation intelligente de l’eau et une répartition de la ressource plus équitable?

Dans tous les cas, comme l’indique le CNRS, « les décisions politiques, les priorités d’investissements des pays et les agences de financement, joueront une rôle déterminant dans la gestion future du risque de pénurie d’eau douce à travers le monde. »

Économie verte

Du 30 mai au 5 juin, c’est la semaine européenne du développement durable

La semaine européenne du développement durable a lieu chaque année du 30 mai au 5 juin. Comme le précise le site du ministère de la transition écologique et solidaire, « Cette semaine a pour objectifs de promouvoir le développement durable, de sensibiliser chacun à ses enjeux et de faciliter une mobilisation concrète tant individuelle que collective. »

Cette année, la Semaine européenne du développement durable a pour thématique « Villes et Territoires de demain. Cette thématique s’articule autour de 6 des 17 objectifs de Développement Durable fixés par l’ONU en septembre 2015:

  • ODD 6 : Gestion durable de l’eau pour tous
  • ODD 7 : Energies propres et d’un coût abordable
  • ODD 11 : Ville et communautés durables
  • ODD 12 : Consommation et production responsables
  • ODD 15 : Vie terrestre
  • ODD 17 : Partenariat pour la réalisation des objectifs

Vous pouvez consulter le détail de l’organisation, inscrire votre événement ou consulter la carte des initiatives en France sur le site de l’événement.

Pour l’instant plus de 1319 événements sont prévus en France. Plusieurs initiatives vont se dérouler à Toulouse dont notamment la présentation d’un nouvel outil pédagogique « Agir pour le climat » à l’initiative du syndicat Haute-Garonne Environnement ou encore le village du climat le 3 juin sur les allées Jules Guesde.

Développement humain

Notre croissance démographique est-elle soutenable?

La population mondiale a plus que doublé depuis cinquante ans et devrait encore augmenter jusqu’à 11 milliards d’ici la fin du siècle. Une telle croissance démographique est-elle soutenable ? C’est la question que pose Alternatives économiques dans son édition de mai 2018. 

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Évolution de la population sur 2000 ans – Maddison Project – 2010

La population humaine connait une croissance exponentielle depuis la fin du XIXème siècle et cela même si le taux de fécondité mondial est passé de 4.5 enfants en 1970 à 2.5 enfants par femme en 2014.  Ce phénomène est dû en partie à un recul de la mortalité des jeunes enfants allié à un allongement de l’espérance de vie (amélioration des conditions de vie et de travail ainsi que de la médecine).

Les projections démographiques sont difficiles à établir. D’une part, la problématique liée à la population n’est pas la même en fonction de la zone géographique.  Par exemple, la transition démographique est  achevée pour les pays développés mais certaines zones comme l’Afrique reste à un taux de natalité très élevé (7.6). Il est difficile de prévoir ces tendances sur le long terme car le taux de fécondité est multifactoriel. D’autre part, des épidémies ou des guerres imprévisibles peuvent dans le futur modifier le nombre d’habitants sur la planète.

Tous les deux ans, l’Organisation des Nations Unies réajuste son étude sur la croissance démographique (World Population Prospects). Le dernier rapport date de 2017. On peut y distinguer trois hypothèses chiffrées (variante basse, moyenne et haute) concernant l’évolution probable de la démographie future.

Scénario ONU
Scénarios de l’évolution démographique mondiale – United Nations – 2017

Si le taux de fécondité reste stable, on dénombrerait 9,7 milliards de personnes en 2050 et 11,2 milliards en 2100. Si par ailleurs le taux diminue de 0.5 la population mondiale serait de 8,7 milliards en 2050 et 7,3 milliards en 2100. Le scénario le plus élevé, quant à lui, fait état d’une population mondiale estimée à 10,8 milliards en 2050 et 16,5 milliards en 2100.

De Malthus (1766-1834) à Dennis Meadows (1942-) en passant par Joseph Schumpeter (1883-1950) la question de la démographie a toujours été étudiée en lien avec l’économie. Aujourd’hui, cette croissance exponentielle fait face à nos défis environnementaux. Dès lors, la question de la soutenabilité de la démographie est légitime. Si l’on suppose que ce rythme n’est pas viable pour notre planète, plusieurs écueils émergent.

Premièrement, devons-nous réguler la population mondiale et si oui, comment? C’est une réflexion inévitable mais lourde de sens.  Les politiques autoritaires (Chine en 1970, Inde en 1960) sont intolérables d’un point de vue social, comme le souligne l’analyse d’Alternatives Economiques. Il reste alors les leviers de l’éducation, de l’insertion des femmes sur le marché du travail et l’accès aux moyens de contraception. Cependant, ces méthodes sont complexes à mettre en œuvre (religions, politiques, accès aux soins, histoire des pays…). Deuxièmement, la décroissance démographique engendre à son tour des problèmes. On assistera notamment à une augmentation de la proportion des personnes âgées.

Cette question démographique est un enjeu mondial mais elle nécessite d’être étudiée par zone géographique (l’Europe n’a pas les mêmes problèmes démographiques que l’Afrique par exemple), avec une gouvernance internationale (les difficultés environnementales ont un impact sur l’ensemble de la planète) et une vision systémique des actions entreprises (Une mesure impactant la démographie aura des répercussions sur la société et sur l’économie).


Pour aller plus loin:
– The 2017 Revision of World Population Prospects
Gilles Ardinat – Démographie mondiale: la question du siècle?
– Sommes-nous trop nombreux? Gilles Boeuf et Hervé Le Bras

 

La biodiversité

Les abeilles et les néonicotinoïdes

Le rapport de l’IPBES, publié le 22 février, rappelle l’importance de la pollinisation pour la sécurité alimentaire mondiale. 75% des cultures vivrières du monde dépendent, d’une manière ou d’une autre, de la pollinisation par les animaux. Or, d’après l’UICN 16,5 % des vertébrés pollinisateurs sont menacés d’extinction.

Selon l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments, la plupart des utilisations des pesticides néonicotinoïdes posent un risque pour les abeilles sauvages et pour les abeilles domestiques. L’EFSA a d’ailleurs actualisé en février son évaluation des risques pour la clothianidine, de l’imidaclopride et du thiaméthoxame.

Ce vendredi 27 avril, les représentants des Etats membres de l’Union européenne ont décidé d’interdire ces trois substances sur toutes les cultures de plein air.

Il faut noter qu’aujourd’hui le taux de mortalité chez les abeilles est de 30 % en France (il était de 5% en 1990). Cette évolution fatale pour les abeilles peut se nommer le « Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles »

Extrait de l’émission – Le silence des abeilles (2007) – Nat Geo Wild

D’après l’ANSES, il existe différents états d’anormalité d’une colonie d’abeilles.

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Les différents états d’anormalité d’une colonies d’abeilles – Anses – 2009

L’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (anciennement l’AFSSA) a établi en 2009 un rapport qui recense les causes possibles de mortalité des colonies d’abeilles:

  • les agents biologiques (Varroa destructor, Nosema cerenae, CBPV…),
  • les agents chimiques par le biais des produits phytosanitaires (pesticides…),
  • l’environnement à travers l’alimentation, les facteurs climatiques, les champs électriques et magnétiques ou les pratiques agricoles,
  • les conditions de production intensive ou de certains ruchers, la qualité et la quantité de pollen disponible…

La mortalité des abeilles est donc une problématique multifactorielle avec une grande diversité de causes probables provoquant des effets isolés ou de synergies. La compréhension de cette dimension systémique est essentielle pour essayer d’enrayer le problème.

La volonté d’agir sur les causes chimiques enclenche un véritable bras de fer entre les défenseurs de l’environnement à l’image de l’ONG Générations futures et les agriculteurs ou les lobbies de produits phytosanitaires.

Un document de l’Union Nationale de l’Apiculture Française (L’UNAF) rassemble les différentes interdictions ou restrictions d’usage des produits néonicotinoïdes en Europe et dans le monde. Il permet de prendre conscience que cette problématique inquiète aussi bien l’Europe que le Canada ou les États-Unis.

Pour aller plus loin:
Les néonicotinoïdes
– ANSES
EFSA
– IPBES

Économie verte

Le plan du gouvernement pour une économie circulaire

Le gouvernement vient de présenter la « feuille de route économie circulaire » afin de mettre en oeuvre les mesures concrètes pour atteindre les objectifs de la loi de transition énergétique pour la croissance verte.

Pour rappel, cette loi du 18 août 2015 a intégré la notion d’économie circulaire. D’après le ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer, « il s’agit de passer d’un modèle économique actuel « linéaire » (extraire, produire, consommer, jeter) à un modèle « circulaire » intégrant l’ensemble du cycle de vie des produits, dès leur production écoconçue, pendant leur phase de consommation, et jusqu’à la gestion des déchets en résultant, avec l’objectif de « boucler la boucle » en réutilisant ou recyclant un maximum de matières. »

Les travaux d’élaboration (6 mois de consultations et d’ateliers) de la feuille de route ont été lancés le 24 octobre 2017 par François Hulot et Brune Poirson. Ces échanges ont permis d’établir 50 mesures pour réaliser la mutation.

On retrouve dans le document 5 feuilles de route spécifiques pour:

  • mieux produire,
  • mieux consommer,
  • mieux gérer nos déchets,
  • mobiliser tous les acteurs.

Ces mesures concernent autant les citoyens, les entreprises que l’état. Vous pouvez accéder à la feuille de route en cliquant sur l’image ci-dessous

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Feuille de route « Economie circulaire – écologique-solidaire.gouv – 2018

Les objectifs de cette feuille de route :

  • Réduire la consommation de ressources liée à la consommation française : réduire de 30% la consommation de ressources par rapport au PIB d’ici à 2030 par rapport à 2010

  • Réduire de 50% les quantités de déchets non dangereux mis en décharge en 2025 par rapport à 2010

  • Tendre vers 100% de plastiques recyclés en 2025

  • Réduire les émissions de gaz à effet de serre : économiser l’émission de 8 millions de tonnes de CO2 supplémentaires chaque année grâce au recyclage du plastique

  • Créer 500 000 emplois supplémentaires, y compris dans des métiers nouveaux


Pour aller plus loin:
Ministère de la transition écologique et solidaire – économie circulaire
Les 10 indicateurs clés pour le suivi de l’économie circulaire
Le portail de l’Union européenne sur l’économie circulaire 
L’institut de l’économie circulaire