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Développement humain

Malgré un « Brown-out », il faut imaginer Sisyphe heureux…

À l’heure des burn-out, des bore-out ou des brown-out, la philosophie de l’homme absurde est plus que jamais d’actualité pour aborder la notion de bonheur car nous devenons progressivement des hommes conscients de notre sort et de notre existence. « Il arrive que les décors s’écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d’usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le « pourquoi » s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. » écrit Camus dans « Le mythe de Sisyphe ». La nausée peut alors émerger du caractère machinal de l’existence sans but.

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Sisyphe – Franz Von Stuck – 1920

Comme l’explique Camus, « On ne découvre pas l’absurde sans être tenté d’écrire quelque manuel du bonheur. […] Le bonheur et l’absurde sont deux fils de la même terre. ils sont inséparables. L’erreur serait de dire que le bonheur naît forcément de la découverte absurde. Il arrive aussi bien que le sentiment de l’absurde naisse du bonheur. « 

Or, force est de constater que depuis une dizaine d’année les manuels sur les clefs du bonheur pullulent dans les librairies et sur internet. L’auteur Mo Gawdat prétend même avoir trouvé l’équation du bonheur. Aujourd’hui, l’injonction « Soyez heureux ! » est devenue un commandement que redoute les gens qui ne veulent pas ou qui n’y arrivent pas. Le problème? Edgar Cabanas coauteur avec Eva Illouz du livre « Happycratie. Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies » tente de mettre en évidence les dérives possibles d’une course folle à la recherche du bonheur pour tous.

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L’équation du bonheur – Mo Gawdat – usbeketrica.com – 2018

« Pour la psychologie positive, le bonheur n’est qu’une question de choix personnel et donc la souffrance l’est tout autant. En clair, si une personne souffre, c’est parce qu’elle n’a pas fait les bons choix pour arrêter de souffrir ou n’a pas été assez tenace pour surmonter les circonstances négatives. Ce discours extrêmement culpabilisant crée une pression sociale nous obligeant à toujours paraître amical, souriant, joyeux, etc. Aujourd’hui, affirmer être malheureux est très difficile car cela signifie que l’on n’a pas fait les bons choix, que l’on ne sait pas apprécier sa vie à sa juste valeur, ou encore qu’on ne profite pas de ce que l’on a. » explique Edgar Cabanas.

Au XVIIIème siècle Mirabeau disait déjà « J’aime trop la vie pour ne vouloir qu’être heureux. » Pour les deux auteurs, le coupable de cet engouement néfaste pour le bonheur c’est la psychologie positive. Une discipline qui serait pour certains une pseudo-science et pour d’autres une discipline de la psychologie reconnue et développée par des psychologues.

Selon le fondateur Martin Seligman, la psychologie positive étudie ce qui donne un sens à la vie. En 2004, il exposa quelques-unes de ses idées dans une conférence Ted:

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Martin Seligman : La psychologie positive – Ted.com – 2004

Encore de nos jours, il existe une confusion entre la psychologie positive et la pensée positive. Or, d’après le centre de recherche de l’université de Pennsylvanie, la psychologie positive est différente sur trois points. La discipline repose sur des études empiriques et reproductibles, elle n’incite pas à être positif partout et tout le temps et estime aussi que la pensée négative ou réaliste est aussi pertinente.

« La psychologie positive ne doit pas être confondue avec une psychologie naïve qui annihilerait tout sentiment de blues et d’inquiétude. (…) Elle n’est donc pas une méthode Coué d’auto-persuasion selon laquelle « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes»  précise Jacques Lecomte dans le livre « Introduction à la psychologie positive »

Dès lors, pour Martin Seligman et ses équipes il existe trois sortes de vie heureuse:

  1. La vie agréable
  2. La vie engagée
  3. La vie pleine de sens

Toujours d’après les équipes de l’université de Pennsylvanie, la recherche de sens contribue le plus fortement au taux de satisfaction. L’engagement est aussi un élément très important. Le plaisir devient important seulement si vous avez déjà à la fois l’engagement et le sens. Mais alors comment éprouver de la satisfaction dans sa vie et notamment au travail?

C’est une question légitime d’autant plus qu’une enquête Opinionway pour l’UDES réalisé en 2017 permet de mettre en relation le constat de Seligman sur la vie heureuse et les attentes des jeunes générations pour choisir un employeur. Cette enquête montre que de nos jours les jeunes entre 18 et 30 ans cherchent avant tout une activité professionnelle qui a du sens avant de penser à la rémunération et à l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle.  Dès lors, la question est plutôt de savoir comment le travail peut-il nous donner satisfaction? Jusqu’à présent l’argent remplissait ce rôle mais ce n’est peut-être plus vraiment le cas…

D’un point de vue plus philosophique, Kant explique que le bonheur s’apparente à la totalité des satisfactions possibles. (le tout absolu) Etre heureux signifierait ne plus rien avoir à désirer.  En effet, si l’on se fie au sens commun, on pourra penser que le bonheur consiste dans l’assouvissement intégral des besoins et des désirs. Mais le bonheur suppose alors deux notions contradictoires, la totalité absolue finie et l’empirique par définition infini. Le bonheur apparait donc comme « un idéal, non de la raison, mais de l’imagination », écrit Kant. Le bonheur est ce qui nous comble. Dans nos sociétés occidentales, l’argent apparait peut être comme le vecteur concret le plus propice pour mettre en oeuvre cette définition du bonheur conceptualisée comme un processus perpétuel. Qu’en est-il vraiment?

En 1974, Easterlin montre qu’à un moment donné, les plus riches déclarent être plus satisfaits de vivre que les plus pauvres. Mais il a aussi constaté une relation entre le bien-être et le PIB par habitant sur le long terme. D’après lui, une hausse du PIB ne se traduit pas nécessairement par une hausse du niveau de bien-être ressenti par les individus. Il en conclut donc qu’à un instant T, le bonheur varie avec le revenu, que ce soit entre les pays ou au sein de chaque pays, mais qu’il n’augmente pas lorsque la croissance se poursuit dans le temps. Nous sommes face au Paradoxe d’Easterlin.

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Bonheur et PIB par habitant aux États-Unis – World Database of Happiness – 2004

Selon la théorie, deux raisons viennent expliquer cela: l’habitude et la comparaison sociale. Premièrement, la population s’habitue à son niveau de vie et n’en retire plus autant de bonheur, cette notion est nommée adaptation hédonique. Deuxièmement, la jalousie car l’argent rend plus heureux si l’on en a plus que son voisin, alors que dans le cas où tous les revenus augmentent au même moment, le bonheur ne suit pas.

Mais le paradoxe d’Easterlin est-il toujours valide? C’est une question intéressante qui est abordée dans un article du blog d’un champ l’autre. Daniel Sacks, Betsey Stevenson et Justin Wolfers (2012) rejentent le paradoxe d’Easterlin et concluent à cinq faits stylisés quant à la relation entre bien-être et revenu:

  1. les personnes les plus riches déclarent un niveau de bien-être plus élevé que les plus pauvres,
  2. les pays riches se caractérisent par un niveau de bien-être par habitant plus élevé que les pays pauvres,
  3. la poursuite de la croissance économique au cours du temps est associée à une augmentation du bien-être,
  4. il n’y a pas de point de satiété au-delà duquel la relation entre le revenu et le bien-être s’effrite,
  5. l’ampleur de ces relations est à peu près égale. Sacks et ses coauteurs en concluent que l’ensemble de ces faits suggèrent que le revenu absolu joue un rôle plus important que le revenu relatif.

Easterlin, Wolfers et Stevenson cherchent encore à statuer sur les liens de causalité entre la richesse et la satisfaction des individus….En fin de compte, que le bonheur soit la conséquence de choix ou qu’il soit lié à la richesse, il est très difficile de comprendre le contenu du bonheur et de le définir. N’est-il pas par nature fondamentalement paradoxal? C’est du moins ce que présente Simone Manon sur son blog avec la mise en avant de 7 paradoxes du bonheur. Le concept est subjectif, évolutif, culturellement différent et difficilement mesurable malgré les tentatives de l’université de Pennsylvanie. Il sera donc d’autant plus difficile pour l’entreprise de demain de participer à la satisfaction des travailleurs puisque le bonheur est  insaisissable (à la différence de l’argent).

D’ailleurs, pour Bruckner, le bonheur est illusoire et fugace. Mieux vaut se contenter de simples instants de plaisir ou de joies passagères, dans une vie où le quotidien ne peut apporter que l’ennui. « Je critique l’idéologie du bonheur devenu un impératif collectif. Il était un droit depuis la Révolution française, aujourd’hui, il est un devoir avec ce que cela suppose d’exclusion, de harassement personnel, d’angoisse. Il est ainsi passé tout entier du côté de l’anxiété : comment être en bonne santé, réussir sa vie, etc. Or l’objet du bonheur est totalement vague, c’est une quête sans fin. Personne ne sait en quoi il consiste vraiment, ni ce que cela implique de réussir sa vie. » expliquait déjà Pascal Bruckner il y a 18 ans dans son livre « L’euphorie perpétuelle ».

Ce fameux « brown-out » n’est-il pas finalement le contrecoup de notre esprit face à l’absence de réponse dans notre quête de sens? Un moyen d’extérioriser notre incompréhension face à l’absurdité qui naît de la confrontation entre le caractère irrationnel du monde et notre profond besoin de logique?

Au moins trois voies de l’esprit sont envisageables pour faire face à ce constat. Les attitudes d’évasion à savoir le suicide pour supprimer la conscience ou les doctrines situant le sens de la vie hors du monde comme la religion ou les suicides philosophiques. Mais pour Camus la seule solution logique face à l’absurdité est de décider de vivre seulement avec ce que l’on sait, c’est à dire avec la conscience de l’affrontement sans espoir entre l’esprit et le monde.

 

Gouvernance

Prix Nobel de la paix 2018 – Denis Mukwege et Nadia Murad

Le prix Nobel de la paix  2018 a été attribué conjointement au Dr. Denis Mukwege et à Nadia Murad pour leurs efforts afin de mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre.

Le Dr. Denis Mukwege est un gynécologue congolais qui soigne et opère chaque jours des femmes et des enfants victimes de viols ou de sévices sexuels en République Démocratique du Congo. Il a notamment reçu le prix Olof Palme, le prix des Droits de l’homme de l’ONU et le prix Sakharov en 2014.

Il n’a cessé d’interpeller les dirigeants du monde au sujet de l’utilisation du viol comme arme de guerre. Il indique dans un interview accordé au Monde que « le viol de guerre existe dans toutes les sociétés. Cette pratique a longtemps été perçue comme un aléa de la guerre, un simple dommage collatéral. Les esprits heureusement évoluent. Depuis dix ans, le concept d’arme véritable s’est imposé peu à peu. Mais il manque une vraie volonté politique. »

Plus de 50 000 femmes ont pu être soignées au sein de l’hôpital de Panzi qu’il a fondé en 1999. Il a publié en 2016 son autobiographie « Plaidoyer pour la vie » qui retrace sa vie au service des femmes victimes de violence sexuelles.

Un documentaire datant de 2015 dresse le portrait de cet homme incroyable. C’est une oeuvre effroyable mais pertinente qui alerte sur des situations trop souvent omises…

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L’homme qui répare les femmes – Thierry Michel – 2015

Le Dr. Denis Mukwege et tous ses collaborateurs qui œuvrent pour ces combats sans fin représentent un hymne au courage sidérant.


Nadia Murad est une ancienne esclave de Daech qui a survécu à la traite des êtres humains. Elle est aujourd’hui une militante irakienne issue de la communauté yézidie. Avant l’attribution du prix Nobel en 2018, elle a été nommée Ambassadrice de bonne volonté de l’Office des Nations Unies pour la lutte contre la drogue et le crime pour la dignité des survivants de la traite des êtres humains en 2016

« En août 2014, dans la région de Sinjar, au nord du pays, les membres de cette minorité religieuse ont été attaqués par l’Etat islamique. Après avoir pris le contrôle de Kocho, le village de Nadia Murad, les djihadistes ont tué des hommes, transformé en enfants-soldats les plus jeunes et condamné des milliers de femmes aux travaux forcés et à l’esclavage sexuel », souligne un article du journal le monde.

En 2016, elle donna une interview pour la chaine BBC HardTalk afin d’expliquer les violences sexuelles subies par son peuple et le combat qu’elle mène.

 

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Interview de Nadia Murad – BBC HardTalk – 2016

 

Nadia Murad publia également un livre « Pour que je sois la dernière » dans lequel elle retrace son histoire afin que son souhait se réalise: « « Être la dernière fille au monde à avoir à raconter une histoire pareille. »

« On ne s’habitue jamais à raconter son histoire. On la revit chaque fois, confie-t-elle dans son livre. Mais mon histoire, relatée honnêtement et prosaïquement, est l’arme la plus efficace dont je dispose pour lutter contre le terrorisme, et j’ai bien l’intention de m’en servir jusqu’à ce que ces criminels soient traduits en justice ».

 

Développement humain

Il ne faut pas sauver la planète

Le 03 septembre 2018, 200 personnalités d’Alain Delon à Patti Smith ont lancé un appel pour sauver la planète. [1] Pourtant ce n’est pas la planète qu’il faut chercher à sauver, c’est avant tout l’humanité et cette erreur de rhétorique a son importance… En effet, comme l’explique Pierre Barthélemy dans un article de son blog, [2] « La planète a connu des révolutions bien plus profondes, des changements climatiques drastiques, cinq grandes extinctions de masse, des hivers nucléaires sans nucléaire mais avec volcans, des perturbations orbitales, des bombardements de météorites ou d’astéroïdes, des glaciations incroyables, des dislocations de continents, et qu’elle s’en est toujours remise. La vie a toujours repris ses droits même lorsque, il y a 250 millions d’années, 96 % des espèces marines ont disparu ainsi que 70 % des vertébrés terrestres. »

D’ailleurs, Albert Jacquard souligne et précise cette vision dans son livre « Le compte à rebours a-t-il commencé ? », [3] dans lequel il précise qu’il faut effectivement plutôt se préoccuper de notre biosphère, « notre domaine est une enveloppe occupant à peine un millième du volume total de la planète Terre. Cette faible proportion montre à quel point les phénomènes liés à la vie ont été et seront sans doute toujours marginaux dans l’aventure de la Terre. […] Ce qu’il faut sauver, ce n’est pas la planète elle-même, c’est le minuscule fragment d’univers où les vivants sont confinés, et surtout où des êtres sans pareil sont apparus, les humains. »  Dès lors, il nous incombe un rôle prépondérant dans le maintien d’une biosphère propice à la vie…mais encore faut-il pouvoir l’assumer et le vouloir.

Crier haut et fort que nous devons sauver planète affaiblit fortement la crédibilité et la puissance de notre engagement civique vis-à-vis de l’environnement car cette responsabilité que l’on veut nous faire porter n’est pas la bonne. « C’est interposer la planète entre nous et nos actions, comme pour les masquer. » explique Pierre Barthélémy.

L’allégorie de la grenouille a été reprise de multiples fois pour illustrer notre situation. Le fait d’insister sur le sauvetage de la planète nous tétanise davantage. Nous avons conscience du problème mais nous sommes incapables d’agir comme le précise Etienne Klein lors d’une intervention sur l’énergie, [4] « On est conscient du problème, mais on a aussi conscience de la terrible difficulté de résoudre ce problème. […] La conscience collective, bien que largement convaincu, de la nécessité d’inventer de nouveau comportement en matière de consommation d’énergie et à la fois paralysé et résolu. Elle est tétanisée par l’obstacle. Elle est hésitante quant à la nature et à l’ampleur de la transition à opérer et elle en vient à douter de ses propres capacités à agir. » Cet exemple illustre notre réaction face à un problème majeur pour notre développement.

Nous sommes aujourd’hui de toute évidence devant un paradoxe. Nous sommes à la fois au courant de la finitude de la planète mais aussi inconscient de notre raison d’être. Il est intéressant à ce stade de se poser la première question qui est de savoir s’il est véritablement nécessaire et légitime de vouloir à tout prix sauver notre biosphère ?

En effet, rien ne nous oblige à utiliser notre existence pour participer à cette tâche de pompier pour l’humanité. D’ailleurs, le pragmatisme de la résilience face au risque supposé d’effondrement facilite la vie à bien des égards.  De toute évidence, un banquier de Goldman Sachs ne partagera pas du tout le même avis sur la question et sur le but de son existence qu’un militant écologique de GreenPeace.
Certaines personnes, à l’image de Yves Paccalet [5],  considèrent même avec une pointe de cynisme que l’extinction de l’espèce humaine est une finalité bénéfique.

Aujourd’hui plus que jamais, les problèmes économiques, sociaux, moraux ou existentiels que nous rencontrons donnent la possibilité à chacun d’exprimer et de défendre une conviction personnelle basée sur ses propres croyances, son histoire et son mode de vie. Toutes les solutions proposées aux innombrables problèmes seront forcément atypiques et individualisées ne permettant pas une cohésion stratégique à l’échelle mondiale.

Au final, notre conscience d’être humain [6] et notre responsabilité vis-à-vis des autres [7] sont les deux seuls moteurs pouvant justifier notre mobilisation pour tendre vers un présent bienveillant et viser un futur conciliant. À présent, partons du principe que nous souhaitons participer au sauvetage de l’humanité. La deuxième question que l’on se pose tous apparait, comment faire ?

Dans cette intention, il est intéressant de faire un petit rappel sur l’état de notre planète. En 1972, (actualisé en 2004) les auteurs du rapport Meadows « les limites à la croissance » [8] tentaient de mettre en garde sur les conséquences probables et futures de notre modèle de développement…Or, aujourd’hui, ce rapport subit la malédiction de Cassandre.

Pourtant les 3 conditions d’un dépassement sont réunies :

  1. Une croissance, une accélération ou un changement, en référence aux croissances exponentielles de l’économie, de la population et des consommations de ressource.
  2. Des limites ou une barrière à ce développement avec le capital fini des ressources de la Terre,
  3. Une erreur ou un retard pour la prise de conscience ou la mise en place des actions en lien avec l’inertie des politiques et les difficultés de mesures mondiales cohérentes.

Pablo Servigne revient d’ailleurs en détail sur cette notion d’effondrement à venir dans son livre « Comment tout peut s’effondrer ». [9]
De plus, le 1 Décembre 2017, la revue Bioscience a publié un article [10] pour présenter la suite du “World Scientists’ Warning to Humanity” paru en 1992. Il s’agit d’un manifeste réalisé par plusieurs milliers de scientifique qui montre que les humains sont en conflit avec la nature. Les auteurs ont déclaré que l’humanité pousse la terre au delà de ses limites. Sur les 20 dernières années, l’humanité n’a pas réussi à faire suffisamment d’effort pour résoudre les problèmes. Aujourd’hui, 8 indicateurs de suivi de la planète sur 9 sont dans le rouge.

Dès lors, que l’on soit convaincu par les risques d’effondrement ou plutôt par notre capacité à réagir face à cette problématique. Il ne fait aucun doute que la question n’est pas de savoir si l’effondrement va arriver mais plutôt quand ? Il est de ce fait plutôt souhaitable d’éviter de le subir brutalement pour ne pas vivre dans des conditions plutôt contraignantes et de pouvoir s’adapter au maximum par notre capacité de résilience… Bien sûr nous pouvons toujours essayer de miser sur les solutions technologiques à l’image des NBIC, de la géo-ingénierie ou du Trans humanisme, etc… qui peuvent être une solution dans l’avenir pour atténuer ce changement. Mais quoi que l’on fasse cet effondrement qui fait référence à notre confrontation avec les limites de la planète arrivera un jour.

Or, comme nous sommes dans l’incapacité de prévoir le futur, nous ne sommes pas en mesure de donner une date précise pour cet effondrement. Par contre, nous avons la capacité de la choisir par nos actes. Nos actions ne font que raccourcir ou allonger la durée de notre développement dans un monde fini. Ainsi, il ne faut pas chercher à savoir qui a tort ou qui a raison entre le mouvement de l’optimisme technologique et les annonciateurs de l’effondrement car d’après Richard Buckminster Fuller [11] « Il n’existe pas de crise énergétique, de famine ou de crise environnementale. Il existe seulement une crise de l’ignorance. ». De surcroît, l’énorme enjeu de la problématique enlève par principe tout aspect manichéen à la recherche de solutions. Les échanges entre les partisans de la croissance et les défenseurs de la décroissance [12] s’apparentent plus à un combat d’extrémistes et occulte malheureusement le véritable débat de fond qui reste le besoin de concilier notre existence et l’environnement. Il est donc plutôt préférable d’informer, d’éduquer et d’échanger autour de ces sujets pour essayer d’aboutir à des alternatives.

En définitive, même si des économistes comme Alain Grandjean propose des actions concrètes pour les individus et pour les politiques dans ses articles « Rester lucide mais avancer » [13] et « Les actions prioritaires ». [14] L’enjeu de notre développement et de notre coexistence a aussi une forte connotation métaphysique. [15] Le développement durable a même une portée philosophique par définition, voir religieuse. D’ailleurs à l’origine la responsabilité sociétale des entreprises provient d’un courant religieux. [16] De ce fait, prendre l’initiative de mobiliser son existence pour s’engager dans la défense de l’environnement revient à croire dans quelque chose qui nous guide et à défendre des convictions qui nous sont propres. Par conséquent, au vue de la situation complexe et systémique, personne n’est en mesure de vous dire quoi faire personnellement pour la planète. Toutes vos actions auront des conséquences sociales, environnementales ou économiques néfastes pour quelqu’un ou bénéfique pour vous et inversement.

De notre naissance à notre mort, de par notre activité, notre consommation et notre communication nous allons forcément avoir un impact sur notre entourage qui varie en fonction de notre zone d’influence. À minima nous pouvons alors essayer d’être conscient de nos choix et responsable de nos actes pour tendre vers un idéal social, économique et environnemental que nous considérons comme acceptable.

Mais il est aussi préférable de garder à l’esprit que nous avons tous une perception du monde qui nous est propre, [17] nous disposons tous d’un modèle du monde différent. La méthode PNL [18] met d’ailleurs en évidence la notion de position de perception. Le réel traverse trois filtres et trois mécanismes interprétatifs avant d’affecter notre cerveau. Donc avant de vouloir changer le monde dans sa globalité, commencez déjà par aimer le vôtre.

Il ne suffit pas de changer le monde. Nous le changeons de toute façon. Il change même considérablement sans notre intervention. Nous devons aussi interpréter ce changement pour pouvoir le changer à son tour. Afin que le monde ne continue pas ainsi à changer sans nous. Et que nous ne nous retrouvions pas à la fin dans un monde sans hommes. 

Gunther Anders / 1902-1992 


[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/03/le-plus-grand-defi-de-l-histoire-de-l-humanite-l-appel-de-200-personnalites-pour-sauver-la-planete_5349380_3232.html

[2] P. Barthélémy, « Ce n’est pas la planète qu’il faut sauver. C’est nous… », Passeur de sciences. [En ligne]. Disponible sur: http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2015/06/08/ce-nest-pas-la-planete-quil-faut-sauver-cest-nous/.

[3] A. Jacquard, Le compte à rebours a-t-il commencé ? Paris: Stock, 2009.

[4] Parenthèse Culture 22 – Etienne Klein – Énergie – https://www.youtube.com/watch?v=bFoSmr8TISg

[5] Y. Paccalet, L’humanité disparaîtra, bon débarras ! Paris: ARTHAUD, 2013.

[6] E.O. Wilson explains the meaning of human existence, in 6 minutes. – https://www.youtube.com/watch?v=qzQBFlFdRPk

[7] Revault d’Allonnes, Myriam. « Le développement durable : quels enjeux philosophiques ? », Vraiment durable, vol. 1, no. 1, 2012, pp. 33-40.

[8] D. H. Meadows et J. Randers, Limits to Growth. White River Junction, Vt: Chelsea Green Publishing Co, 2004.

[9] P. Servigne, R. Stevens, et Y. Cochet, Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes. Paris: Le Seuil, 2015.

[10] World Scientists’ Warning to Humanity: A Second – BioScience. 2017;67(12):1026-1028. doi:10.1093/biosci/bix125- Noticehttps://academic.oup.com/bioscience/article/67/12/1026/4605229

[11] https://www.universalis.fr/encyclopedie/richard-buckminster-fuller/

[12] https://blogs.mediapart.fr/yann-kindo/blog/300815/croissance-decroissance-une-fausse-question/commentaires

[13] https://alaingrandjean.fr/2018/09/17/face-risque-deffondrement-rester-lucide-avancer/

[14] https://alaingrandjean.fr/2018/09/20/face-risque-deffondrement-22-actions-prioritaires/

[15] Burbage, Frank. Philosophie du développement durable. Enjeux critiques. Presses Universitaires de France, 2013

[16] https://www.cairn.info/innovation-politique–9782130590309-p-617.htm

[17] http://www.roquesci.com/la-realite-du-monde-et-notre-perception/

[18] http://www.institut-repere.com/PROGRAMMATION-NEURO-LINGUISTIQUE-PNL/nouvel-eclairage-positions-de-perception-pnl-partie1.html

Gouvernance

Climax 2018 – Intervention d’Aurélien Barrau

Aurélien Barrau est un astrophysicien spécialisé dans la physique des trous noirs qui travaille au Laboratoire de Physique Subatomique et de Cosmologie du CNRS. Il est intervenu récemment lors de la conférence Climax au sujet de l’avenir de notre planète et de l’humanité.

Son intervention dure environ 10 minutes. Cette durée n’est bien évidemment pas adaptée pour aborder toutes les questions légitimes concernant les problèmes écologiques systémiques du XXIème siècle. L’objectif est plutôt de passer un message vulgarisé et synthétique afin de présenter l’urgence de la situation. Il préconise trois actions à entreprendre:

1 – La réception du « sérieux » doit changer de camps. « On ne peut pas continuer à faire comme si la pensée écologiste était l’apanage de doux-dingues, et comme si le dogme d’une croissance immodérée était l’apanage des gens sérieux. C’est exactement l’inverse. » dit-il.

2 – Il faut des mesures politiques concrètes, coercitives, réelles et éventuellement impopulaires visant à nous cadrer pour tendre vers la soutenabilité et la résilience;

3 – Nous devons harceler le pouvoir politique pour que l’écologie soit considéré comme une priorité et non plus une préoccupation de 4ème niveau.

Pour aller plus loin avec son point de vue, vous trouverez ci-dessous une vidéo 1h30 où il aborde divers sujets de l’astrophysique à l’environnement.

Aurélien thinkerview
Interview pour la chaîne Thinkerview – 2018
Développement humain

Tendre vers la pensée critique

Faire évoluer son esprit critique est une étape difficile qui nécessite un effort permanent.  La zététique (Démarche qui vise à adopter une méthodologie rationnelle pour porter un regard sceptique sur des allégations extraordinaires) a le mérite de présenter des outils pouvant être utiles afin de remettre en cause nos biais de confirmation et solliciter notre mode de raisonnement analytique.

La chaîne hygiène mentale offre notamment deux vidéos d’une vingtaine de minutes en guise d’introduction et de vulgarisation des concepts de la pensée Bayésienne et des deux vitesses de la pensée d’après D. Kahneman.

Ces 40 minutes représentent une porte ouverte pour s’interroger et éventuellement remettre en cause ses certitudes. Bien évidemment, c’est à consommer sans modération!

La pensée Baysiènne
Episode 26 – La pensée Bayésienne – Hygiène mentale – 2017
vitesses pensée
Épisode 20 – Les deux vitesses de la pensée – Hygiène mentale – 2017

Pour aller plus loin