Développement humain, La biodiversité

Au-delà de l’anthropocentrisme

Au XVIème siècle Nicolas Copernic propose une toute nouvelle organisation du cosmos qui se présente comme une vision totalement opposée  au paradigme de l’époque. Il soutient et développe la théorie selon laquelle la terre n’est pas immobile au centre de l’univers comme le prétendent les adeptes du géocentrisme. Il considère plutôt que le soleil est au centre de l’univers et que la terre est juste une planète tournant autour.

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Heliocentric universe – Harmonia Macrocosmica – Andreas Cellarius – 1660

Cette théorie que l’on nomme héliocentrisme a changé notre vision du monde. Depuis cette époque et au gré des découvertes scientifiques nous n’avons pas cessé de nous éloigner du centre de l’univers. Des travaux de H. Shapley aux observations de E.Hubble l’immensité de l’univers relativise notre position hégémonique sur tout. D’ailleurs, l’astronome Carl Sagan nous le confirme avec son calendrier cosmique [1] permettant de rapporter l’histoire de l’univers à l’échelle humaine en plaçant la création de l’univers au 1er janvier et notre époque au 31 décembre. On découvre alors que la présence de l’homme sur Terre ne représente que 4 heures sur une année calendaire. Par conséquence, n’est-il pas extrêmement présomptueux de dire que nous avons la responsabilité de sauver la planète ou l’objectif de laisser une empreinte immuable de notre passage ?

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Calendrier cosmique – Carl Sagan – 1980

Hélas, n’en déplaise à Aristote il semblerait  que nous fassions encore preuve d’un certain anthropocentrisme démesuré et irrationnel. Je crains alors qu’il soit encore utile de mentionner que la Terre n’a pas attendu l’être humain pour exister et que surtout nous n’en sommes pas les propriétaires exclusifs. D’ailleurs, une étude de la biomasse terrestre publiée dans « Proceedings The National Academy of Sciences of The United States of America » montre que malgré la présence de 7,6 milliards d’être humain sur la planète, l’homme ne représente que 0,01% des formes de vie sur Terre. [2]

À cet instant, vous êtes de toute évidence agréablement installés et en train de lire cet article. Dès lors, prenez aussi le temps de vous arrêter un instant et de penser que quelque part dans une région éloignée un pangolin doit surement errer à la recherche de nourriture ou tenter de protéger sa progéniture d’un prédateur. Cet être vivant initialement impassible face à notre existence. Cet animal de moins de 10 kg classé au premier rang mondial des victimes du braconnage. Ce mammifère foncièrement inoffensif nous rappelle pourtant encore une fois que nous ne contrôlons pas le monde mais que nous appartenons au monde.

À l’heure d’un basculement anthropique imminent, cette pause planétaire n’est pas salvatrice, elle accélère juste la réflexion sur notre condition humaine. La philosophie de l’homme absurde est de ce fait plus que jamais d’actualité car nous devenons de plus en plus conscient de notre sort et de notre existence. Nous prenons conscience de l’absurdité que représente l’acte de détruire la planète sur laquelle nous vivons au lieu de la chérir. Pour l’homme révolté, la seule logique face à l’absurdité est de décider de vivre l’absurde, « c’est-à-dire avec une absence d’espoir, une réflexion permanente et une insatisfaction consciente ». [3] 

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Guayasamin – Las Manos del grito 

Jusqu’à présent personne est en mesure de résoudre (ou de trancher) le « nœud gordien » que représente la protection de l’environnement cumulée à notre existence, alors avant de vouloir changer le monde dans sa globalité, commencez déjà par aimer le vôtre.

Comme l’explique René de Lassus, « Il ne faut pas  chercher à être un despote éclairé qui dicterait aux humains les comportements à adopter pour évoluer vers le bonheur universel mais il vaut mieux opter pour un réalisme bien concret qui vise à agir au perfectionnement du monde à partir de l’endroit et du temps où nous nous trouvons » [4]

C’est pour cela qu’avant tout, l’orientation des forces devrait s’effectuer prioritairement vers son micro environnement personnel valorisant ainsi au maximum ses qualités et la raison humaine de chacun. De notre naissance à notre mort, de par notre activité, notre consommation et notre communication nous allons forcément avoir un impact sur notre entourage qui va varier en fonction de notre zone d’influence.

À cet égard, Eleanor Roosevelt, l’initiatrice de la Déclaration universelle des droits de l’homme, déclara que ces droits commencent « dans de petits endroits, près de chez vous, si proches et si petits qu’ils ne peuvent être vus sur aucune carte du monde. Pourtant, ils sont le monde de l’individu ; le quartier dans lequel il vit ; l’école ou le collège qu’il fréquente ; l’usine, la ferme ou le bureau où il travaille. Tels sont les lieux où chaque homme, femme ou enfant chercher l’égalité de la justice, l’égalité des chances, une dignité égale, sans discrimination. À moins que ces droits aient un sens là-bas, ils ont peu de sens nulle part. Sans action citoyenne concertée pour les défendre près de chez nous, nous chercherons en vain des progrès dans le monde plus vaste. » [5] Nous rencontrons la même problématique avec la défense de l’environnement ou des acquis sociaux. Il est évident que si les règles éthiques que nous nous sommes fixées ne sont pas appliquées à notre échelle, elles seront difficilement acceptées ou imposées dans le monde.

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Eleanor Roosevelt – Human Rights – 1949 – New York

À minima nous pouvons alors essayer d’opter pour un pragmatisme bienveillant au quotidien. L’objectif étant d’être conscient de nos choix et responsable de nos actes pour tendre vers un idéal social, économique et environnemental que nous considérons comme acceptable.

Albert Camus écrivait déjà en 1951 que « la révolte joue le même rôle que le cogito dans l’ordre de la pensée : elle est la première évidence. Mais cette évidence tire l’individu de sa solitude. Elle est un lieu commun qui fonde sur tous les hommes la première valeur. Je me révolte, donc nous sommes.»[5] C’est justement cette vague de bienveillance quotidienne s’apparentant à une révolte qui doit illustrer notre engagement pour participer à la préservation de l’humanité.


[1] https://sciencepost.fr/calendrier-cosmique-big-bang-a-lhomme-365-jours/

[2] http://www.pnas.org/content/early/2018/05/15/1711842115

[3] https://la-philosophie.com/camus-mythe-sisyphe

[4] R. de Lassus, L’ANALYSE TRANSACTIONNELLE. Alleur: Marabout, 1999.

[5] « A quote by Eleanor Roosevelt ». [En ligne]. Disponible sur: https://www.goodreads.com/quotes/76455-where-after-all-do-universal-human-rights-begin-in-small.

[6] A. Camus, L’homme révolté. Paris: Gallimard, 1985.

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