Kaléidoscope

Kaléidoscope RSE#1 – Une doctrine de Friedman: « The Social Responsibility of Business is to Increase its Profits »

Milton_FriedmanEn 1970, Milton Friedman, grand défenseur du libéralisme, écrivait une tribune au sujet de la responsabilité sociétale des entreprises. Il est intéressant de relire ce texte pour mieux comprendre la pensée libérale confrontée aux problématiques sociétales. Vous trouverez ci-dessous une traduction de son texte.

Te Social Responsibility of Business is to Increase its Profits
The New York Times Magazine, 13 Septembre 1970.
Texte original : https://www.nytimes.com/1970/09/13/archives/a-friedman-doctrine-the-social-responsibility-of-business-is-to.html

Quand j’entends des hommes d’affaires parler avec éloquence de la « Responsabilité sociale des entreprises dans un système de libre entreprise », cela me rappelle la merveilleuse citation à propos du Français qui découvre à l’âge de 70 ans qu’il parlait en prose toute sa vie. Les hommes d’affaires estiment qu’ils défendent la libre entreprise quand ils déclarent que les entreprises ne sont pas concernées seulement par le profit mais aussi par les finalités sociales souhaitables; qu’une entreprise a une « conscience sociale » et prend au sérieux ses responsabilités en matière de création d’emplois, d’élimination de la discrimination, de prévention de la pollution et de tout ce qui pourrait être les mots à la mode du courant actuel des réformateurs. En fait, ils prêchent – ou prêcheraient si eux-mêmes ou quelqu’un d’autre les prenait au sérieux – un socialisme pur et inaltéré. Les hommes d’affaires qui parlent de cette façon sont d’involontaires marionnettes des forces intellectuelles qui ont ébranlé les bases d’une société libre ces dernières décennies.

Les discussions sur la « responsabilité sociétales des entreprises » sont remarquables pour leur faiblesse analytique et leur manque de rigueur. Qu’est-ce que cela signifie de dire que « l’entreprise » a des responsabilités? Seules les personnes peuvent avoir des responsabilités. Une société est une personne artificielle, mais on ne peut pas dire que « le business » dans son ensemble ait des responsabilités, même dans ce sens vague. La première étape vers la clarté dans l’examen de la doctrine de la responsabilité sociétale des entreprises consiste à demander précisément ce qu’elle implique pour qui.

Vraisemblablement, les personnes qui doivent être responsables sont les hommes d’affaires, c’est à dire les entrepreneurs individuels ou les dirigeants d’entreprise.  La majeure partie des discussions sur la responsabilité sociétale s’adresse aux sociétés, donc dans ce qui va suivre je négligerai les entrepreneurs individuels pour parler des dirigeants d’entreprise.

Dans un système de libre entreprise et de propriété privée, un dirigeant d’entreprise est un employé des propriétaires de l’entreprise. Il a une responsabilité directe envers ses employeurs. Cette responsabilité est de mener l’entreprise en accord avec leurs désirs, qui est en règle générale de gagner le plus d’argent possible en se conformant aux règles fondamentales de la société, à la fois celles prévues par la loi et celles représentées par la coutume éthique. Bien entendu, dans certains cas, ses employeurs peuvent avoir un objectif différent. Un groupe de personnes peut créer une société avec un but charitable. Par exemple un hôpital ou une école. Le dirigeant d’une telle société n’aura pas pour objectif la rentabilité financière mais de rendre certains services.

Dans les deux cas, l’essentiel est que, dans sa qualité de dirigeant d’entreprise, le manager est l’agent des personnes qui possèdent l’entreprise ou qui constituent l’institution de charité et sa première responsabilité est envers eux.

Inutile de dire que cela ne signifie pas qu’il est aisé de juger de la manière dont il s’acquitte de cette tâche. Mais au moins le critère de performance est simple et les personnes parmi lesquelles un contrat volontaire a été conclu sont clairement définies.

Bien sûr, le dirigeant d’entreprise est aussi une personne à part entière. En tant que personne, il peut avoir de nombreuses autres responsabilités qu’il reconnaît ou assume volontairement – envers sa famille, sa conscience, ses sentiments de charité, son église, ses clubs, sa ville, son pays. Il peut se incité par ces responsabilités à consacrer une partie de ses revenus à des causes qu’il considère dignes, à refuser de travailler pour certaines sociétés, voire à quitter son emploi, par exemple, pour rejoindre les forces armées de son pays.

Si nous le souhaitons, nous pouvons appeler certaines de ces responsabilités « les responsabilités sociales ». Mais à cet égard, il agit en tant que sujet et non en tant qu’agent; il dépense son propre argent, son propre temps ou sa propre énergie et non l’argent de ses employeurs, le temps ou l’énergie qu’il a contracté pour s’attacher à ses objectifs. S’il s’agit des « responsabilités sociétales », ce sont les responsabilités sociétales des individus et non des entreprises.

Qu’est-ce que cela signifie de dire que le dirigeant d’entreprise a une « responsabilité sociétale » en sa qualité d’homme d’affaires ? Si cette déclaration n’est pas de la pure rhétorique,cela signifie qu’il doit agir d’une façon qui n’est pas dans l’intérêt de ses employeurs. Par exemple, qu’il s’abstienne d’augmenter le prix d’un produit afin de contribuer à l’objectif sociétal de prévention de l’inflation, même si une augmentation de prix serait dans l’intérêt de l’entreprise. Ou qu’il s’engage à réduire la pollution au-delà de ce qui est dans l’intérêt pour l’entreprise ou qui est imposé par la loi pour contribuer à l’objectif sociétal d’amélioration de l’environnement. Ou que, au détriment des bénéfices des entreprises, il doit embaucher des chômeurs « longue durée » au lieu d’employer des travailleurs plus qualifiés et disponibles afin de contribuer à l’objectif social de réduction de la pauvreté.

Dans chacun de ces cas, le dirigeant de l’entreprise dépenserait l’argent de quelqu’un d’autre pour un intérêt social général. Dans la mesure où ses actions en accord avec sa « responsabilité sociétale » réduisent les rendements des actionnaires, il dépense leur argent. Dans la mesure où ses actions font augmenter le prix pour le client, il dépense l’argent des clients. Dans la mesure où ses actions font baisser les salaires de certains employés, il dépense leur argent.

Les actionnaires, les clients ou les employés pourraient dépenser séparément leur propre argent pour une action particulière s’ils le souhaitaient. Le dirigeant exerce une « responsabilité sociétale », plutôt que de servir d’agent des actionnaires, des clients ou des employés, uniquement s’il dépense l’argent de manière différente de celle qu’ils auraient choisi.

Mais s’il le fait, il impose en réalité un impôt d’un côté, et de l’autre, il décide comment l’argent de l’impôt doit être dépensé.

Ce processus soulève des questions politiques à deux niveaux: les principes et les conséquences. Au niveau des principes politiques, l’assujettissement à un impôt et la dépense des revenus de l’impôt sont des fonctions gouvernementales. Nous avons établi des règles constitutionnelles , parlementaires et judiciaires élaborées pour contrôler ces fonctions, afin de nous assurer que les impôts sont imposés autant que possible pour respecter les préférences et les désirs du public – après tout, « imposition sans représentation » était un des cris de guerre de la révolution américaine. Nous avons un système de poids et contrepoids pour séparer la fonction législative qui décide de l’assujettissement des impôts et des plans des dépenses, de la fonction exécutive consistant à collecter les impôts et gérer les programmes des dépenses et de la fonction judiciaire qui règle les conflits et interprète le droit.

Ici, l’homme d’affaires – auto sélectionné ou nommé directement ou indirectement par les actionnaires – doit être à la fois législateur, exécutif et juriste. Il doit décider qui taxer de combien et pour quel but, et il doit dépenser les recettes – tout cela guidé par des exhortations générales venues du ciel pour limiter l’inflation, améliorer l’environnement, combattre la pauvreté etc…

Toute la justification qui permet au dirigeant d’entreprise d’être sélectionné par les actionnaires est que le dirigeant est un agent au service des intérêts de son directeur. Cette justification disparaît lorsque le dirigeant de l’entreprise impose  des impôts et dépense le profit à des fins « sociétales ». Il devient en fait un employé public, un fonctionnaire, même s’il reste nommé comme un employé d’une entreprise privée. Sur la base du principe politique, il est intolérable que de tels fonctionnaires – dans la mesure où leurs actions au nom de la responsabilité sociétale sont réelles et non pas juste un habillage – soient sélectionnés comme ils le sont en ce moment. S’ils doivent être fonctionnaires, ils doivent être sélectionnés dans le cadre d’un processus politique. S’ils doivent imposer des taxes et engager des dépenses pour favoriser des objectifs « sociaux », alors un mécanisme politique doit être mis en place pour évaluer ces taxes et pour déterminer les objectifs à atteindre.

C’est la raison fondamentale pour laquelle la doctrine de la « responsabilité sociétale » implique l’acceptation de la vision socialiste selon laquelle des mécanismes politiques et non les mécanismes du marché, constituent le la bonne manière de déterminer l’affectation des ressources rares à des usages alternatifs.

Au niveau des conséquences, le dirigeant peut-il s’acquitter de ses prétendues « responsabilités sociétales » ? D’un côté, supposons qu’il puisse s’en tirer en dépensant l’argent des actionnaires, des clients ou des employés. Comment peut-il savoir comment le dépenser ? On lui dit qu’il doit contribuer à la lutte contre l’inflation. Comment peut-il savoir quelle action de sa part contribuera à cette fin ? C’est sans doute un expert dans la gestion de son entreprise – dans la production, la vente ou le financement d’un produit. Mais rien dans sa sélection ne fait de lui un expert en inflation. Est-ce que le maintien du prix de son produit va réduire les pressions inflationnistes ? Ou, en laissant plus de pouvoir d’achat à ses clients, simplement la déplacer ailleurs ? Ou, en le forçant à produire moins à cause du prix plus bas, cela contribuera-t-il simplement à la pénurie ? Même s’il pouvait répondre à ces questions, quel montant d’imposition peut-il justifier sur ses actionnaires, à ses clients et à ses employés pour cette finalité sociétale ? Quelle est sa part appropriée et quelle est la part appropriée des autres ?

Et qu’il le veuille ou non, peut-il s’en sortir en dépensant l’argent de ses actionnaires, de ses clients ou de ses employés ? Les actionnaires ne vont-ils pas le licencier ? (Soit les actionnaires actuels, soit ceux qui arriveront quand ses actions au nom de la responsabilité sociétale auront fait baisser les profits de l’entreprise et le cours des actions.) Ses clients et ses employés peuvent l’abandonner pour d’autres producteurs et employeurs moins scrupuleux dans l’exercice de leurs responsabilités sociétales.

Cette facette de la doctrine de la « responsabilité sociétale » prend tout sons sens quand elle est utilisée pour justifier une modération des salaires par les syndicats. Le conflit d’intérêt est clairement mis à nu lorsque les responsables syndicaux sont invités à subordonner les intérêts de leurs membres à une finalité sociétale plus générale. Si les responsables syndicaux essaient de forcer des baisses de salaires, il en résultera probablement des grèves sauvages, des révoltes dans les rangs et l’émergence de concurrents pour leurs emplois. Nous avons donc le phénomène ironique où les leaders syndicaux – du moins aux États-Unis – ont protesté contre une ingérence du Gouvernement dans le marché bien plus régulièrement et courageusement que les leaders d’entreprises.

—La difficulté à exercer la « responsabilité sociétale » illustre, bien sûr, la grande vertu de l’entreprise privée concurrentielle – elle oblige les gens à être responsable de leurs propres actes et rend difficile « l’exploitation » d’autres personnes que ce soit dans des buts égoïstes ou altruistes. Ils peuvent faire le bien – mais seulement à leurs propres frais.

Beaucoup de lecteurs qui ont suivi jusque là cette argumentation peuvent être tentés de rappeler que c’est bien beau de parler du fait que le gouvernement a la responsabilité d’imposer des taxes et de déterminer les dépenses de type « social » comme la lutte contre la pollution ou la formation de chômeurs endurcis, mais que les problèmes sont trop urgents pour attendre la longueur des processus politiques, que l’exercice de la responsabilité sociétale par les hommes d’affaires est un moyen plus rapide et plus sûr de résoudre les pressants problèmes actuels.

Mis à part l’exactitude des faits – je partage le scepticisme d’Adam Smith quant aux bénéfices que l’on peut attendre de « ceux qui prétendaient agir pour le bien public » – cet argument doit être rejeté pour des raisons de principe. Cela revient à affirmer que ceux qui favorisent les impôts et les dépenses en question n’ont pas réussi à convaincre la majorité de leurs concitoyens d’être du même avis et qu’ils cherchent à atteindre par des procédures non-démocratiques ce qu’ils ne peuvent pas atteindre par des procédures démocratiques. Dans une société libre, il est difficile pour les « bonnes » personnes de faire le « bien », mais c’est un petit prix à payer pour empêcher les « mauvaises » personnes de faire le « mal », d’autant plus que le bien d’un seul homme est le mal d’anthère.

Pour simplifier, je me suis concentré sur le cas particulier du dirigeant d’entreprise, sauf lors de la brève digression sur les syndicats. Mais précisément le même argument s’applique au récent phénomène d’appel aux actionnaires pour qu’ils demandent aux entreprises d’exercer la responsabilité sociétale (la récente croisade de G.M. par exemple). La plupart du temps, ce qui est effectivement en jeu, c’est quelques actionnaires qui essaient d’entraîner d’autres actionnaires (ou clients ou employés) dans une contribution, contre leur volonté, à des causes « sociétales » prônées par les activistes. Dans la mesure où ils réussissent, ils assujettissent encore à un impôt et dépensent les revenus.

Je me suis, pour des raisons de simplicité, concentré sur le cas particulier de l’exécutif de l’entreprise, à l’exception de la brève digression sur les syndicats. Mais c’est précisément le même argument qui s’applique au phénomène plus récent consistant à demander aux actionnaires de demander aux entreprises d’exercer leur responsabilité. Dans la plupart des cas, il s’agit en fait de certains actionnaires qui essaient de convaincre d’autre actionnaires (ou clients ou employés) à contribuer contre leur volonté à des causes « sociétales » favorisées par les activistes. Dans la mesure où il réussissent, ils imposent à nouveau des taxes et dépensent les recettes.

La situation du gérant majoritaire est quelque peu différente. S’il agit pour réduire les rentrées de son entreprise afin d’exercer sa « responsabilité sociétale », il dépense son propre argent, et pas celui d’un autre. S’il souhaite dépenser son argent à de telles fins, c’est son droit et je ne vois pas d’objection à ce qu’il le fasse. Dans ce processus, il peut aussi imposer des coûts aux employés et aux clients. Toutefois, comme il est bien moins susceptible qu’une grande société ou un syndicat ai un pouvoir de monopole, de tels effets collatéraux auront tendance à être mineurs.

Bien entendu, en pratique, la doctrine de la responsabilité sociétale dissimule souvent des actions justifiées par d’autres motifs plutôt qu’un motif de ces actions.

Pour illustrer, il est peut-être dans l’intérêt sur le long terme de l’entreprise qui est un grand employeur dans une petite communauté de consacrer des ressources à l’équipement de cette communauté ou à l’amélioration de son gouvernement. Cela peut faciliter l’attraction d’employés souhaitables, cela peut réduire la masse salariale ou réduire les pertes dues au vol ou au sabotage, ou avoir d’autres effets intéressants. Ou peut-être que, compte tenu des lois sur la responsabilité des contributions caritatives des entreprises, les actionnaires peuvent contribuer davantage aux œuvres de charités qu’ils préfèrent en faisant faire le don par l’entreprise plutôt que personnellement, puisqu’ils peuvent ainsi rendre utile une somme qui sinon aurait autrement été payé en tant qu’impôts sur les bénéfices.

Dans chacun de ces cas, et de nombreux cas similaire, il existe une forte tentation de rationaliser ces actions comme un exercice de la « responsabilité sociétale ». Dans l’état actuel de l’opinion, avec son aversion généralisée pour le « capitalisme », les « profits », « l’entreprise sans âme », etc., il s’agit d’un moyen pour une société de générer de la bonne volonté en tant que sous-produit de dépenses qui sont entièrement justifiées par son propre intérêt.

Il serait incohérent de ma part d’appeler les dirigeants d’entreprise à s’abstenir de ce masque hypocrite car elle nuit aux fondements d’une société libre. Ce serait leur demander d’exercer une « responsabilité sociétale » ! Si nos institutions et les attitudes du public font qu’il est dans leur propre intérêt de dissimuler ainsi leurs actes, nous ne pouvons pas susciter beaucoup d’indignation pour les dénoncer. En même temps, j’exprime de l’admiration pour ces gérants majoritaires ou propriétaires d’entreprises au capital réduit, ou d’actionnaires de plus larges entités, qui dédaignent de telles tactiques comme une approche de fraudes.

Qu’elle soit à blâmer ou pas, l’utilisation du voile de la responsabilité sociétale, et les non-sens dites en son nom par des hommes d’affaires influents et prestigieux, porte clairement atteinte aux fondements d’une société libre. Le caractère schizophrène de nombreux hommes d’affaires m’a impressionné à maintes reprises. Ils sont capables d’être extrêmement clairvoyants et lucides dans les problèmes internes à leurs entreprises. Ils sont incroyablement myopes et confus en ce qui concerne des questions qui ne relèvent pas de leur entreprise mais qui ont une incidence sur la pérennité de l’entreprise en général. Cette vision à court terme est illustrée de manière frappante dans les appels fait par de nombreux hommes d’affaires pour des directives sur les salaires et les prix, sur des contrôles ou des régulations de revenus. Il n’y a rien qui pourrait en faire plus dans une courte période pour détruire un système de marché et le remplacer par un système centralisé et contrôlé, qu’un contrôle effectif par l’État des prix et des salaires.

Un autre exemple de cette myopie se trouve dans les discours d’hommes d’affaires à propos de la responsabilité sociétale. Cela peut leur valoir des félicitations à court terme. Mais cela contribue à renforcer l’opinion déjà trop répandue selon laquelle le processus de profit est malfaisant et immoral, qu’il doit être maîtrisé et contrôlé par des forces externes. Une fois que ce point de vue sera adopté, les forces externes qui freinent le marché ne seront pas les consciences sociétales des dirigeants pontifiants, bien qu’elles soient fort développées ; ce sera la main de fer des bureaucrates du Gouvernement. Ici, comme pour le contrôle des prix et des salaires, les hommes d’affaires me semblent révéler une tendance suicidaire.

Le principe politique qui sous-tend le mécanisme de marché est l’unanimité. Dans un libre marché idéal reposant sur la propriété privée, personne ne peut avoir d’action coercitive sur aucun autre, toute coopération est volontaire, toutes les parties d’une telle coopération bénéficient ou ne doivent pas participer. Il n’y a pas de valeurs sociétales, pas de responsabilités « sociétales » dans un sens quelconque autre que les valeurs partagées et les responsabilités des individus. La société est un ensemble d’individus et des divers groupes qu’ils forment volontairement.

La principe politique qui sous-tend le mécanisme politique est la conformité. L’individu doit servir un intérêt sociétal plus général – qu’il soit déterminé par une église, un dictateur ou une majorité. La personne peut voter et avoir son mot à dire sur ce qui doit être fait, mais s’il est déjugé, il doit se conformer. Il est convenu pour certains d’imposer aux autres de contribuer à objectif sociétal général, qu’ils le veuillent ou non.

Malheureusement, l’unanimité n’est pas toujours réalisable. Il y a certains domaines dans lesquels la conformité apparaît inévitable, donc je ne vois pas comment on pourrait éviter complètement l’utilisation du mécanisme politique.

Mais la doctrine de la « responsabilité sociétale » prise au sérieux élargirait la portée du mécanisme politique à toutes les activités humaines. Elle ne diffère pas dans sa philosophie de la doctrine la plus explicitement collectivistes. Elle n’en diffère que par la prétention de croire que des objectifs collectivistes peuvent être atteints sans moyens collectivistes. C’est pourquoi, dans mon livre « Capitalisme et liberté », je l’ai qualifiée de « doctrine fondamentalement subversive » dans une société libre et j’ai déclaré que, dans une telle société « il y a une et une seule responsabilité sociétale de l’entreprise – d’utiliser ses ressources et de s’engager dans des activités conçues pour augmenter ses profits, tant qu’elle reste dans les règles du jeu, c’est-à-dire, qu’elle s’engage dans une concurrence ouverte et libre, sans fraude et tromperie. »

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